27 janvier 2008

Une souris verte, de Douglas Carter Beane

« The little dog laughed » est le titre original de cette pièce créée aux States en 2006 et qui y a fait un bien joli carton. Qu’ont en commun le petit chien qui s’est mis à rire ( parce qu’il n’en pouvait plus ? ) et la souris franchouille qui se fait prendre par la queue… mais par quel bout voudriez-vous la saisir ? Pour être montrée à ces ‘messieurs’ : voyez voyeurs, frustrés, simples chercheurs ou les trois à la fois ? Les comptines, autrefois, étaient des prologues sournois pour contes cruels destinés aux enfants. Ici des personnages simplistes désirent la gloire et la fortune - et les deux vite-fait - en des temps où toutes sortes de raccourcis et de contournements, même et surtout risqués, sont bons pour exister médiatiquement et s’en coller plein les poches. Mitchell, mec superbe, est acteur et sa carrière au théâtre ou au cinéma va démarrer en flèche. Diane, son agent-alias impresario distribuée ici dans le rôle de la bonne fée marraine des anciens contes, négocie sa trajectoire avec les puissances d’argent auxquelles elle fait mine, quand ça lui chante ou qu’il le faut (et souvent les deux) de se soumettre ; pour ensuite leur adresser des fins de non-recevoir, à coup d’aphorismes et de vannes pétaradantes. Alex, jeune homme aussi perplexe que paumé se prostitue mais chapitre sexualité il est aussi interloqué que Mitch qui l’a convoqué dans sa chambre d’hôtel: sont-ils homos, ou hétéros moitié-moitié, ou les deux à la fois? Ils essaient de reprendre tout à zéro et de régler au lit leur problème commun après avoir picolé. Hélène, plus sexy que glamour, est l’amie attitrée d’Alex. La voilà enceinte de ses œuvres suite à une nuit d’errance commune et plus qu’alcoolisée. Il faut intervenir. Bon, c'est un mélo ‘cheap’, consternant, tout juste bon pour une télé-réalité de bas étage. Mais si on révèle la fin et son happy end qui n’est pas seulement due au coup de baguette de la bonne-fée marraine on n’aura fait que la moitié du chemin. L’intérêt de cette pièce que vous pourriez croire destinée au café-théâtre, au cabaret, ou aux salles de boulevard enchaînant les vaudevilles, réside dans le fait que Mister Beane est d’abord un vrai auteur de théâtre qui se met dans la peau de personnages qu’il a fait imploser avant qu’ils n’explosent sur scène ; l’identification du spectateur avec eux est à plusieurs niveaux. On les plaint, on se moque d’eux ; mais si l’on est honnête, on avoue avoir été confronté à des situations semblables. Dérision, auto-dérision et Woody est en coulisses. L’humour anglo-saxon allie causticité et tendresse. Et ce marivaudage à rebours en est l’illustration. Il est joué par quatre comédiens débordant d’une vitalité funambulesque dans des décors fonctionnels avec éléments pivotants, ça tourne et c' est un régal.
Théâtre Tristan Bernard, du mardi au samedi à 21h et le samedi à 18h .
Réservations : 01 45 22 08 40