09 février 2008

Basile, de Caroline Darnay

Basile Fouquet est le frère de ce Nicolas dont la maîtrise de l’argent bluffa tant le jeune Louis XIV qu’il l’adouba grand intendant, son ministre des finances en quelque sorte. Homme aussi pressé que brillant , Nicolas se constitua une sorte de cour en un temps record. Invitant son souverain à Vaux-le-Vicomte, sa demeure élégante aux jardins somptueux, il voulut lui en mettre plein la vue, à coups de spectacles montés par des artistes d’exception qu’il ‘patronnait’. Le roi, dont certains disent qu’il fut jaloux, et d’autres surtout lucide et bien conseillé ordonna sa disgrâce et son incarcération. Par l’évocation de cet épisode Caroline Darnay conclut sa pièce aussi parfaitement charpentée que finement tricotée, brodée et surbrodée. Elle repère les intrigants, les émissaires, les espions, et tous ceux qui ne peuvent ni ne veulent avouer qu’ils sont manipulés. Les personnages qu’elle met en scène sont Basile Fouquet : espion-chef à la solde d’un ou peut-être de plusieurs personnages de premier plan et une certaine duchesse de Châtillon. Veuve jeune elle a été ensuite la maîtresse d’hommes de pouvoir et de personnages de haut vol. Tous deux, fougueux, sont tombés follement amoureux l’un de l’autre dès les premières secondes. Mais leur relation est vite devenue du style « mon ambition n’a pas de limites, mais la vôtre non plus » et aussi « je t’aime, moi non plus. ». Les répliques fusent, on se défie (façon Ruy Blas ou Hernani, l’auteur étant parfaitement nourrie de ses classiques), on se refile un poison et un contrepoison, on expirerait même sur scène, pour se relever titubant. C’est feuilletonesque, romanesque, endiablé. Au départ un écran central a scindé la scène en deux. Un film superbe y est projeté illustrant l’histoire, et qui vaudrait à lui tout seul d’être programmé dans un cinéma ; il fait rêver, délirer, cauchemarder. Retour sur les planches : après les fringants chevaux qui caracolaient sur l’écran nous voilà sur le plancher des vaches ; c’est un peu dommage car on a l’impression que les comédiens viennent de visionner une vidéo, un DVD, un best-off de… et qu’ils sont devenus les protagonistes d’une pièce qui commente le film. L’alternance du spectacle vivant et des images sur écran n’est peut-être pas à l’avantage du théâtre. Autre légère réserve : si son partenaire, Damien Boisseau, bien distribué, est romanesque à souhait, Caroline Darnay, notre duchesse, n’est peut-être pas assez vénéneuse ou venimeuse. On s’enlace, on fait mine de s’empoigner, on s’étreint à nouveau. Péripéties rocambolesques, contradictions, paroxysmes en cascade, serait-ce de mauvais ton de dire qu’on sent très vite que l’auteur de cette pièce est une femme à la finesse d’observation percutante, en plus de la comédienne qui a été distribuée dans les grands premiers rôles du répertoire. Bref, le tout est enlevé et ça a du punch .
Théâtre du Petit Gymnase, mardi et mercredi à 19h15, samedi à 17h30. Réservations : 01 42 46 94 82