29 février 2008

Je m'appelle Marilyn, de Yonnick Flot

Mise en scène : Smaïn
Jolie supercherie, bravo, on s’y laisserait presque prendre : sur l’affiche cette blonde craquante qui nous fait tilter, figée par Harcourt avec son sourire pulpeux, ses cils de dix centimètres, sa chevelure platine et crantée, cultive à merveille sa ressemblance avec la Marilyn dont la mort à l’époque nous fit penser que notre existence venait de perdre un peu de son intérêt. Le spectacle débute par une voix off annonçant à la radio l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Au centre de la scène un lit d’hôpital, avec la classique table de nuit à roulettes. A gauche et à droite un fauteuil et une chaise. Au pied du lit, une poupée avec des cheveux aussi blonds que ceux de la femme fatale en train de donner une énième interview. Elle se raconte avec une sincérité déconcertante, puis hurle à la cantonade qu’on ne s’occupe pas d’elle, qu’on la séquestre, qu’on ne la soigne pas, se calme enfin parce que son bon Docteur a promis de passer. Elle revit tout ce qu’on sait de la star grâce aux dizaines de livres qui lui ont été consacrés. La fracture dès l’enfance sans père et avec une mère mentalement fragile, déchue de ses droits maternels : cette môme- là risquait évidemment de reproduire des schémas dont elle n’était pas consciente. Envoyée passer ses après-midis au cinéma par ses diverses familles d’accueil, elle avait été happée très vite par l’image sur-dimensionnée de personnages virtuels et refaçonnés. Mais adolescente, le personnage de Yonnick Flot demande aux prostituées de lui expliquer l’envers de certains décors et d’abord les soi-disant pulsions masculines. Celle dont on convoite le corps, nous dit ses amants, ses amoureux, ses maris, sa recherche du plaisir ‘brut’ et aussi de l’amour et de la tendresse. Egalement le manque d’argent et la goujaterie de l’homme ordinaire, le cynisme des producteurs, des réalisateurs et autres magnats du cinéma. Et aussi ses désirs d’enfants, ses avortements, ses fausse-couches : tout y est. Mais « my heart belongs to Daddy » : son cœur appartient à son père défaillant, et n’ayant pas rencontré assez d’indulgence, non plus que d’admiration, tous ses rêves se sont peu à peu évanouis. L’histoire est d’une telle fidélité à la biographie de Marilyn qu’on sature presque, pressentant que tout va se terminer très mal. La jeune femme perd le fil de son récit et avale de plus en plus de cachets. Curieusement on a repéré des détails anachroniques qui font penser qu’elle n’est pas américaine : l’auteur lui fait dire que ‘jouer et jouir’ c’est la même chose, à une lettre près. On tique, et quand elle avoue ne plus vraiment savoir qui elle est, on n’est pas étonné de comprendre qu’en fait elle s’appelle Marie Martin, née quelque part en France et ‘montée’ à Paris pour devenir actrice mais qui n’a réalisé que de minables spots publicitaires. Elle aurait voulu monter sur les planches pour être la Blanche du ‘Tramway nommé désir’ fragile mais mystificatrice, ou bien ‘La Mouette’ de Tchekhov, tout aussi paumée que trahie par son homme, mais si poétique ! Et c’est après avoir dit quelques répliques des deux héroïnes que se termine sa partition. La pièce quasiment hagiographique, mais méticuleuse et bien construite, permet à la ravissante Virginie Stevenoot de nous convaincre de l’ampleur et de la variété de ses talents de comédienne. La mise en scène de Smaïn, dont on comprend qu’il est aussi amoureux que l’auteur de son personnage, a un rythme haletant ; touchante, elle nous fait assister à la montée de la folie et du désespoir de deux femmes, dont la seconde s’est identifiée à la première.
Petit Théâtre des Variétés, du mercredi au samedi à 21h30, et le dimanche à 16h. Réservations : 01 42 33 09 92