15 février 2008

La Nord-Sud, d'après Louis-Ferdinand Céline

La Nord-Sud, d’après "Entretien avec le professeur Y " de Louis-Ferdinand Céline
Adaptation et mise en scène d’Igor Futterer
Pour ceux qui n’empruntent pas le métro ‘la Nord-Sud’ ne peut pas évoquer la ligne transversale destinée dans la capitale à relier Montparnasse à Montmartre. Le métro avec ses voies biseautées est pour Céline une métaphore : on s’y enfourne et puis on en émerge , après avoir refait le parcours de la vie et des mots qui vous permettent d'exister. Louis-Ferdinand veut « transposer le langage parlé à l’écrit ». Il fait les demandes, fournit des réponses catapultueuses, et dénonce inlassablement à coups d’argot savoureux ce qui est frelaté dans un ‘vilain monde’ où, retouché ou pas, règne le ‘chromo’ : ce quelque chose aux couleurs offensantes et de très mauvais goût. Il y dénonce l’avènement de la télévision, ces étranges lucarnes des années 1950, mais aussi les modes, la ‘psychologie philosophique’, les valeurs fausses, les esprits bornés, la jeunesse « qui avale tout », ceux qui veulent que leur « cher moi jouisse ». Et encore les tartuffes, les imposteurs, les récupérateurs d’inventions, les 'maquereaux', les faux mécènes qui sont de vrais commerçants, les éditeurs : « Gallimard est fort riche : il se plaint, c’est bon signe ! ». Celui qui fut traité de voyou et de traître, souhaite tutoyer les anges, avoue « je ne suis pas très modeste ». Il admire Voltaire à l’
« esprit au culot atomique ». Il s’apostrophe lui-même : « Ferdine, ta poire, ta voix, ta dégaîne ! » Roland Farrugia qui joue Céline avec une énergie époustouflante n’est pas seul dans la station de métro suggérée sur scène par quelques sièges rutilants : un petit homme effaré, joué de façon désopilante par Marcel Philippot, est censé être ce respectable professeur Y chargé par Gaston Gallimard d’interviewer l’écrivain rebelle. En fait il s’appelle Colonel Réséda et c’est un militaire en retraite avec des soucis prostatiques. Il perd très vite pied comme « flingué » en rafales par un Céline très remonté ; il n’arrive plus à formuler ses questions maladroites non plus qu’à le pousser dans ses retranchements. Il pleurniche et s’effondre sur son siège. L’écrivain, après avoir tenté de le réconforter, confie au public « je suis son médecin traitant » puis sort de scène déclarant encore : « je vous expliquerai ». C’est ainsi que se termine ce texte jubilatoire, joué en force par deux comédiens extraordinaires. On espère qu’ en avril, après avoir effectué son passage au Théâtre Clavel, ce spectacle décapant sera repris dans un lieu moins confidentiel que ce petit théâtre bellevillois, charmant au demeurant.
Théâtre Clavel, du mardi au samedi à 20h. réservations : 01 42 38 22 58