29 février 2008

Ma colocataire est encore une garce, de Fabrice Blind, Michel Delgado et Nelly Marre

A vrai dire ce serait plutôt : ma colocataire est une garce de plus, ou: une fois de plus je suis tombé sur une mauvaise coucheuse, ou même… mais on ne change pas une formule qui gagne, alors belote, re-belote et même re-re-belote. Fabrice Blind co-signe avec ses camarades Michel Delgado et Nelly Marre sa troisième histoire de « co-loc ». On sait combien la co-habitation, solution adoptée par des étudiants forcément impécunieux, est chaotique et éphémère. Sasha, ravissante donzelle habillée d’une robe affriolante genre cocktail, et juchée sur des talons aiguilles vertigineux, est censée être étudiante, mais depuis sa fenêtre avec son télescope elle occupe le plus clair de son temps, semble-t-il, à repérer les codes des cartes de crédit de leurs propriétaires au moment où ils s’en servent pour retirer de l’argent. Elle vit dans un petit appartement avec son chéri , prénommé Luigi de manière à passer pour un italien, utilisant pour cela un fort accent (d’ailleurs très réussi) et faisant croire qu’il n’est pas au courant des mœurs françaises en cas d’embrouille. Car lui aussi n’est pas vraiment ce qu’il prétend être, à savoir un mannequin qui pose pour des photos de mode. Notez déjà que les tourtereaux, même s’ils sont censés être prêts à se marier, ne manifestent aucune passion l’un pour l’autre, la direction d’acteurs a zappé tout ça. Arrive Hubert Châtaigneau le propriétaire de l’appartement qui signifie à Sasha, locataire officielle, qu’elle doit décamper, son bail venant d’expirer. Ce qu’elle conteste mollement ,car ici toutes les situations ne sont pour les protagonistes que des prétextes à parler de tout et de rien mais surtout de l’argent que l’on peut escroquer aux citoyens de la planète entière grâce à Internet. Luigi apparaît et Sasha le présente à Hubert comme son frère. Vous voilà vaguement installé dans un vaudeville à l’allure de ménage à trois car, vous l’avez deviné, le propriétaire, vrai nigaud et authentique comique de service, au premier coup d’œil a cliqué sur la beauté fatale qu’on retrouve dans la scène suivante en tenue de nuit des plus affriolantes…alors que le probloc est contraint à la suite de circonstances rocambolesques de dormir dans la pièce principale où le couple a installé son canapé. On n’ira pas plus loin. L’émoustillante Sasha, qui épelle son nom de manière à ce que cela donne : S.A.S.H.A avec « achat » en écho, entourloupera, et d’une : le propriétaire benêt et hâbleur mais plutôt sympa qui n’en finit plus de camper chez elle au propre comme au figuré ; et de deux : son propre ‘fiancé’ narcissique, préoccupé de son image de marque à en tomber raide. Elle les plantera pour filer, peu importe où, mais avec plusieurs magots, accompagnée d’un certain Goran, virtuel ou pas. L’intrigue plutôt bâclée n’est pas qu’ un prétexte : l’humoriste-comédien à qui on la doit, veut accessoirement dénoncer en souriant ou même en s’esclaffant les travers de notre société. Mais Anne Roumanoff au verbe redoutable quand elle-même est sur scène, désamorce ce qu’il pourrait y avoir ici d’agressif ou de virulent. Bonne humeur : tels sont son credo et son créneau. Nous sommes bombardés de jeux de mots, de boutades et de traits d’esprit destinés à faire se tenir les côtes. Exemple : Hubert prétend que ses proches ne l’ont jamais surnommé Bébert mais Hu-Hu : « Uhu, comme la colle ? » interroge Sasha. On passe. Quand nos deux bonshommes, apparemment rivaux mais, qui sait, plus proches-que-proches (ambiguïté si indispensable de nos jours ), font mine de s’affronter, ça donne une petite parodie de kung-fu. Hubert : (Fabrice Blind) a, dans ses meilleurs moments, des allures intermittentes de Coluche. Ses partenaires jouent en alternance, et le soir où nous avons vu ce spectacle, ils étaient tous parfaitement dans le coup. Spectacle gentillet, direz-vous ? d’accord, mais pourvu que l’un ou l’autre de ces colocataires n’ait pas fait de petits et que nous ne soyons pas bientôt conviés à assister à leurs ébats.
Palais des Glaces, du mardi au samedi à 19h30, samedi matinée à 17h. Réservations : 01 42 02 27 17