02 février 2008

Quand nous nous réveillons d'entre les morts d 'Henrik Ibsen

par le Théâtre de l’Erre.
Nous avions eu envie de lire «Quand nous nous réveillerons d’entre les morts». Le verbe au futur aurait eu du ressort, et quelque chose nous aurait attendu au bout de tout. Mais cette ultime pièce d’Ibsen a de tristes allures d’inventaire de quelqu’un se triturant les méninges, qui se psychanalyserait avant la lettre, genre divan parce qu’ «on peut entendre le silence»... Le dramaturge qui nous a attendris, éveillés, réveillés, questionnés, renvoyés à nous-même et remis en selle semble être ici piteusement au terme de sa quête. Un sculpteur de renom (côté jardin une oevre très énigmatique, pour ne pas dire déliquescente, est censée être lui) fait face à la femme qu’il aime dans un décor investi par des images fantasmagoriques mais séduisantes, projetées sur un écran central ou sur les murs latéraux. Côté cour une table avec nappe et reliefs d’un repas plus que convivial voyez bouteilles vides ou pleines, d’autres étant déposées dessous. L’homme, maelström existentiel, voit débarquer une femme qu’il a aimée, ressurgie du passé. L’ennui c’est que la comédienne qui l’interprète est ‘sonorisée’. Sa voix mise à plat, ce qu’elle dit nous parvient d’un nulle part ailleurs. Tout commence alors à sonner faux : d’autant que la pièce est devenue un déballages de conflits latents et sous-jacents, avec phrases hachées et règlements de comptes poussifs et aussi récriminations, remises en questions et rétrospectives intempestives et, bien sûr, critique sociale. Le metteur en scène s’en sert pour s’en moquer. Mais à quel degré est-il et le sait-il seulement ? Nous autres spectateurs sommes à bout de souffle, même si les comédiens plutôt très bons ‘assument’. Le soir où nous avons découvert cette réalisation du Théâtre de l’Erre les spectateurs toussaient beaucoup. Malaise ? Il nous semble que théâtre rime avant tout avec émotion, réflexion, divertissement et jubilation au final. Que dire d’un parti pris farfelu pour une pièce qui tient si chaotiquement la route ?
Théâtre du Chaudron, Cartoucherie de Vincennes, horaires et réservations : 01 43 28 97 04