19 février 2008

Se mordre, de Pierre Notte

Mise en scène Lahcen Razzougui, dramaturgie Céline Cartillier
Pierre Notte aux Déchargeurs, cela fait tilt une fois encore. Donné dans la ‘salle Vicky Messica’ son « J’existe, foutez-moi la paix » qu’il interprétait avec sa sœur nous avait sidérés. Cette pièce-ci est proposée dans la ‘salle la Bohème’, cette cave où l’on pense que Nicolas Flamel et sa Pernelle y auraient alchimisé. Le lieu est habité et la pièce, métaphysique, démarre au quart de tour. Sous des lumières ciblantes une chorégraphie rapide fait évoluer dans l’espace minuscule deux comédiennes empantalonnées de noir. Elles miment des chamailleries de sœurs qui n’auraient pas dépassé l’enfance. Elles se mettent compulsivement sur le nez des lunettes, les déchaussent, les rechaussent, s’assoient, se lèvent, se remplacent sur la chaise du milieu, selon qu’elles sont vraiment sœurs ou simplement sales gamines prolongées, endossant l’une le rôle de l’autre, et vice-versa. Cette pièce de Pierre Notte a au départ été conçue comme une confrontation entre un frère et sa sœur. Stroboscopes : ça marche à tous coups. Maintenant c’est Marie, ex-Alexandre qui est face à Constance. Mais l’histoire, l’argument, le sujet, tout est inracontable parce que riche, exploratoire et plus qu’analytique, donc simple et universel. Ça nous parle à tous, parce que c’est dit aussi poétiquement que férocement. Les enfants, eux, ont leur phase féroce, amplement nourrie par les contes dits de fées, n’est-ce pas ? Adolescence : vous êtes à la recherche d’un temps perdu où, jeune animal cherchant à assumer sa fonction de prédateur vous mordiez frères et sœurs. Et comme Constance et Marie vous cherchiez aussi un père pour le tuer, après avoir « rasé le chien avec le rasoir du père ». Un manège familial s’est mis à tourner sur un rythme endiablé ; les comédiennes s’apostrophent, font mine de ne pas s’entendre. Sur une petite boîte à musique elles re-moulinent ce « Sous le ciel de Paris » des années Piaf-Montand. Pierre Notte, perfectionniste, méticuleux, est une fois encore parfaitement servi par sa dramaturge, son metteur en scène et ses comédiennes.
Théâtre des Déchargeurs, du mardi au samedi à 20 h . Réservations : 0 892 70 12 28