10 mars 2008

Guantanamour, de Gérard Gelas

L’auteur, visiblement adepte des jeux de mots, aurait pu intituler sa pièce ‘Guantan-amor’ ou encore ‘Guantan-à-mort’. Il a opté pour un titre affichant la couleur, du genre « halte aux atrocités ! et réapprenons à aimer ! ». Ecrite et créée en 2002 après l’ouverture dans l’île de Cuba du camp de Guantanamo, centre de détention pour terroristes arrêtés en Afghanistan et autres membres supposés d’Al Qaïda décrétés ultra-dangereux. Gazouillis d’oiseaux exotiques : sur la scène une gigantesque cage en fer avec un projecteur à chaque coin. Un homme émacié en combinaison orange avec un pansement sur le nez est allongé,ligoté sur une civière. En treillis, un soldat baraqué arpente la cage, chahute la civière, malmène son prisonnier qui se tord. Les premières répliques nous révèlent qu’ils n’ont pas le droit de se parler et sont surveillés en permanence depuis les miradors tout autour. Embarqué dans un huis-clos on se rend compte qu’ils vont très vite transgresser les ordres, car comment voudriez-vous faire exister une pièce avec des partenaires muets ? ce ne serait qu’une pantomime. Donc le suspense est censé avoir été mis sur rails : comment s’en sortiront-ils, et même s’en tireront-ils ? Rassoul, le prisonnier ricaneur, provoque son gardien Billie, mais petit à petit, on va tout savoir d’eux et même plus encore. Ils ont beaucoup trop en commun : des parents dépassés ou irresponsables, des frères quasiment dénaturés, des sœurs immolées par une folie meurtrière due au fanatisme d’une société aliénante, etc. etc. Rassoul est Kabyle et fils d’un harki parqué dans un camp après l’indépendance algérienne, puis reconverti en épicier dans la banlieue lyonnaise. Billie a un père (ou une mère) afro-américain et chante le blues comme lui ou elle etc. etc. Il entonne Summer time à bouche fermée. Pathos ! on zappe… Les répliques s’enchaînent. Rassoul : « T’es pas trop con pour un noir américain ! » et encore : « pourquoi détester tant les Arabes ? » Billie : « Dis-moi Rassoul, pourquoi on déconne comme ça ? » L’un des deux (ça n’a plus grande importance) : « Dès qu’on s’est évadé d’ici on capture Ben Bush et George Laden » Ouaf-ouaf-ouaf ! Quand vont-ils se tomber dans les bras ? Billie sort une flasque de whisky, boit et fait boire Rassoul, maintenant assis sur sa civière, puis titube. On ne vous dit pas la fin de ce méli-mélo bavard et moralisateur. Mais la pièce dont la ‘poésie’ est censée « transcender la réalité » a un succès constant ; traduite, elle a tourné en France et à l’étranger, sélectionnée pour des festivals. Elle est également parrainée par Amnesty International. Et dans la mise en scène ultra-réaliste voulue par l’auteur, Damien Rémy et Guillaume Lanson, parfaitement rôdés et qui y croient, sont excellents. Mais est-ce suffisant ?
Vingtième Théâtre : du mercredi au samedi à 21 h30, dimanche à 17 h30. Réservations : 01 43 66 01 13