19 mars 2008

Le coeur n'est pas moderne, de Martine Drai

Le cœur n’est pas moderne, texte et mise en scène de Martine Drai
Le cœur n’est pas moderne c’est sûr, et même il est plon-plon. Mais s’agit-il bien de ce cœur qui permet d’éprouver des sentiments ? ou tout simplement de cet organe qui fait toc-toc à l’intérieur de la cage thoracique et rythme un train-train dont tout romantisme est exclu et qui se décline en métro-boulot-dodo. Vous vous en sortez par la fréquentation une fois par semaine de la piscine municipale, vous vous inscrivez à un atelier de sculpture, vous prenez des cours… pourquoi pas de tango ? Martine Drai, auteur, metteur en scène et plasticienne avoue qu’elle est fière d’avoir ajouté à son palmarès la qualité de danseuse de tango qu’elle pratique depuis une dizaine d’années. Elle entreprend ici de nous dire son amour pour ce que, plus qu’une danse étrange, elle considère comme un art de vivre, voire même un rituel exploratoire. Sa pièce qui n’en est pas vraiment une, héberge trente-huit textes du genre sketches convoquant une vingtaine de personnages. A chaque épisode elle fait se confronter deux hommes et deux femmes, dans un désordre savant, soit un homme se confiant à un homme, une femme à une femme ou bien un homme parlant à une femme. Ce qu’ils se disent peut être d’une banalité affligeante ou au contraire très poétique mais cela se passe toujours entre deux séances de tangos dansés longuement sur la piste qui occupe toute la scène. Certains des danseurs qui se rencontrent et se racontent sont des personnages récurrents contant leur vie par bribes ; d’autres plus étranges n’interviennent qu’une fois. Tous prétendent méditer sur le tango en tant que phénomène social, et tout remettent en question leur existence. Ce tricotage de témoignages rendrait perplexe le spectateur vite incapable d’envisager une possible fin, s’il n’y avait pas ces remarquables séquences dansées qui font rêver et tanguer l’imagination. La musique est offerte par bribes, le même morceau étant repris à l’infini avec des hoquets, des balbutiements. Donc si vous aimez voir danser le tango d’une façon sublime donc bouleversante, si le contexte d’une pièce vous touche plus que le texte et si vous allez au théâtre pour admirer des interprètes étonnants, alors allez à l’Atalante. Vous y découvrirez ou re-découvrirez Catherine Davenier, comédienne remarquable à la liberté de gestes peu courante, Jean-Sébastien Rampazzi danseur virtuose au corps genre ‘Christ en croix’, dont la voix prend aux tripes. Hervé Falloux peut être indifféremment et parfaitement un séducteur, un donneur de leçons insoutenable, un schizophrène dépassé par les évènements, ou un homme simplement tendre. La ravissante Dominique Léandri a un magnétisme troublant. Tous dansent à ravir bien sûr. C’est un spectacle interloquant, mais dont on sort heureux.
L’Atalante, lundi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20h30, dimanche à 17h. Réservations : 01 46 06 11 90.