28 mars 2008

Le détail des choses, de Gérald Aubert

mise en scène Ladislas Chollat
Un titre méticuleux qui intrigue. Disons vite que la ravissante jeune femme en robe décolletée couleur coquelicot dans son salon - salle à manger où elle se parle à elle-même, a entrepris de faire la revue de détail de ce qui constitue son existence de tous les jours. Quadragénaire, épouse d’un cadre moyen, mère au foyer d’une fille de dix-huit ans et d’un garçon de quinze qui ressemblent à tous ceux de leur âge, habitant un pavillon coquet situé dans une banlieue agréable dont son époux et elle sont propriétaires, grâce à un prêt. Peut-être même que chez eux « lundi c’est raviolis ». Seule en scène Catherine Cyler, alias Catherine Forestier, ou l’inverse, se souhaite un bon anniversaire, gâteau avec bougies en mains. La table pour le repas prévu quelques heures plus tard est mise ; elle attend son mari et ses enfants partis lui acheter un cadeau. Elle commente les meubles et la décoration : une chaise pour sa mère, celle de son mari Alain…voyez comme tout est en ordre ! Admirez le soin qu’elle prend à tout faire toujours très bien, et puis soudain elle s’effondre sur le joli canapé qu’elle a choisi chez… Non, elle ne craque pas, elle vient seulement de comprendre qu’elle allait confesser ses doutes, ses lassitudes, ses dégoûts, ses aversions, ses appréhensions, ses révoltes et les efforts permanents qu’elle fait pour donner le change. « Oui, mon amour »… mais pourquoi donc, une fois mariée, n’a-t-elle pas continué à travailler ? Et ce « mon amour » en question (son premier) rencontré lors de vacances familiales en Bretagne, dont l’ami est tellement séduisant lui-aussi… a fait de sa secrétaire sa maîtresse. Et puis ses propres parents se sont séparés, son père a eu une brève aventure avec le professeur de danse classique, cette Russe redoutable, que Catherine fillette admirait par ce qu’elle lui apprenait la rigueur. Pourquoi elle-même n’est-elle pas devenue danseuse ? Catherine Cyler saisissant le barreau d’une chaise reprend les exercices à la barre d’autrefois. Dansant aussi le tango, elle tournoiera avec autant de sensualité que de grâce. Les cadres accrochés aux murs, vides au départ, ont été investis par les images de petits films redisant le passé, la musique se faite tendre ou éclatante, les lumières baissent, redeviennent denses. Catherine sort d’un vieux carton à chaussures des photos qu’elle commente et déchire, relit ses vieux cahiers et les appréciations de ses professeurs. Elle fait semblant de répondre aux questions des Docteurs B, C et autres. Elle imagine qu’elle convoque son Alain de mari pour faire le point sur la situation de leur couple. Lui et les enfants ne sont toujours pas de retour, et puis elle va chercher une valise, la remplit de vêtements, enfile son manteau, griffonne un mot pour Alain : « le réfrigérateur est plein, je te laisse les gosses » et sort. L’écran immense qui a envahi le mur du fond nous la montre arpentant les rues . La scène d’après, elle est face à nous… ce n’était pas le moment, et avec Alain on pourrait peut-être… Une fillette en tutu a maintenant envahi l’écran et n’en finit plus de danser en souriant. Tendre, amère, sujette aux coups de blues, fragile, souriante, au bord des larmes, récriminant, pleine d’humour entre ses sautes d’humeurs, femme infiniment sensible mais qui remonte inlassablement au créneau, Catherine Cyler est une Catherine Forestier à deux cents pour cent. Et Ladislas Chollat la met superbement en scène.
Ciné 13 Théâtre, du mercredi au samedi à 21h30, dimanche à 15h30. Réservations : 01 42 54 15 12