15 mars 2008

Les combustibles, d'Amélie Nothomb

Mise en scène : Stéphane Cottin
Une vaste bibliothèque sans vraies étagères dont on ne sait pas comment elle tient ; au centre une ouverture de la taille d’une porte accompagnée d’une fenêtre ; aucun meuble ; une toile de fond représentant un ciel et quelques légers nuages. Un quinquagénaire à la barbe et aux cheveux blancs, aux pull-overs troués superposés et portant des mitaines est assis devant sur une pile de livres. Debout face à lui un jeune homme emmitouflé dans un par-dessus qu’il ne quittera pas. Le premier qu’on n’appellera jamais que Le Professeur enseigne la littérature à l’université, le second est Daniel, son ancien étudiant devenu son assistant et qu’il héberge. Leur dialogue qui ressemble vite à un affrontement nous apprend que dans le pays où ils vivent sévit un conflit qui n’en finit pas (des « barbares » encerclent leur quartier…bruits de guerre). Il règne un froid intense ; en l’absence de bois ou d’autres combustibles, on brûle les livres pour se chauffer. Entre Marina, récente tendre amie de Daniel, elle aussi étudiante du Professeur. La cité universitaire vient aussi de brûler, elle se voit contrainte par ce dernier d’accepter l’hospitalité qu’ il lui propose , ou lui impose car si sa générosité est douteuse, sa concupiscence l’est moins, malgré ses péroraisons contradictoires. Débute un huis-clos dont on soupçonne qu’il débouchera sur un ménage à trois. Mais déjà on a commencé à jacter, à aligner des aphorismes douteux ; des citations se vantent de ratisser large, accompagnées surtout des affirmations souvent bâclées . Les deux hommes citent, comparent et opposent des auteurs-clés : ce sont Kleintbettingen, Sterpenich ou Faterniss ( noms qui sont un des seuls éléments gagesques du texte) leurs philosophes ou maîtres à penser mais dont ne saura rien des éventuelles qualités. Marina répète qu’elle grelotte, que l’essentiel est d’avoir un corps chaud , et d’abord ‘au chaud’, l’enfer étant le froid, leit-motiv prétendument métaphorique mais vite devenant assommant. On saisit : c’est la guerre , on gèle, et qu’est-ce qui fait l’intérêt d’un livre ? Mais on tourne en rond, cherchant une porte de sortie jusqu’à la fin en queue de poisson. Tout cela sonne creux. Quant à l’action ça donne par exemple la scène où le professeur auto-satisfait et tyrannique, prônant la détestation de soi parce qu’elle est de même nature que la détestation des autres, est allongé par terre : Marina qui le déshabille et va le satisfaire explique au public qu’il ne veut pas abuser d’elle ; au contraire, affirme-t-elle « c’est moi-même qui abuse de moi ». On a pourtant parfois frôlé l’émotion quand la direction d’acteurs fait ressembler Daniel et Marina (touchants Julie Turin et Grégory Gerreboo) à de jeunes idéalistes floués, que les sentiments amoureux la révolte et ce qu’il leur reste d’espoir ou de confiance poussent à refuser de se laisser anéantir optent, finalement pour la mort. Il y a aussi quelques trouvailles : ces intermèdes chorégraphiés, le professeur devenu torero mimant une corrida dont le taureau est son partenaire , avec déferlement de tangos au bandonéon, et d’autres corps à corps entre ceux qui, de partenaires, sont devenus antagonistes. La scénographie est également inventive: après un premier noir la bibliothèque s’est fendue en deux, au suivant elle est réduite à une dizaine de volumes entassés, au troisième puis à un livre unique, dont le Professeur (Michel Boy cynique et narcissique, exaspérant du début à la fin) se débarrasse en le jetant en l’air. Reste le ciel, après Apocalypse .
Théâtre Daniel-Sorano, Vincennes. Du jeudi au samedi à 20 h 45, dimanche à 16 h Réservations : 01 43 74 73 74.