05 mars 2008

Mère-courage, de Bertolt Brecht

Se pourrait-il que cette pièce, censée être aussi emblématique qu’intemporelle ait vieilli? Cette Mère, baptisée Courage par des simplistes en quête d’icône n’est en fait qu’une Mère-Résilience, une Mère-Obstination. Brecht lui-même disait qu’elle « n’avait rien compris au fonctionnement du monde ». Elle est surtout une débrouillarde qui s’adapte à son environnement, comme l’ont fait certaines espèces animales, depuis l’aube des temps. L’action se passe dans l’Europe de l’Est, au XVIIème siècle déchiré par les guerres de religions. On se souvient que les parents de Brecht étaient, l’une catholique et l’autre protestant. Anna Fierling est cette cantinière qui tirant sa carriole, sa maison sur roues, vit de la guerre, vendant à toutes sortes de troupes en campagne ce dont les soudards ou leurs supérieurs ont besoin : nourritures ou vêtements du genre simples chemises. Elle a trois enfants : deux fils dont l’un ‘est honnête’ et une fille sourde-muette. La guerre va les faire mourir les uns après les autres, mais elle leur survivra. Anne-Marie Lazarini met en scène ce monument qui dure près de trois heures. Dans un contexte guerrier, synonyme d’une barbarie issue d’un refus total de compréhension, tout ici est beau et même esthétisant. Des rideaux blancs-grèges juxtaposés en toile de fond sont poussés ou tirés l’un après l’autre par les comédiens qui apparaissent sur scène. Ils portent des costumes intemporels beiges-blancs et les seules autres notes de couleur sont des ceintures brunes, la veste marron d’un personnage qui intervient vers la fin et quelques manteaux noirs, et encore le rouge sang des bottines que Mère-Courage veut faire porter à sa fille Catherine, comme pour la promotionner, tant elle veut que sa petite, handicapée, se trouve un mari. Mais la métaphore de la pièce est cette carriole à la structure et au toit légers, blanc-beige, convertible, qui voyage inlassablement sur la scène, tirée, portée, poussée, déposée, sans cesse déménagée. Sylvie Herbert est cette Mère-adoubée-Courage qui, nous dédiant rarement ses regards, ressemble à une femme de ménage traquant la saleté. Judith d’Aleazzo est sa fille : cette Catherine sourde-muette belle et charnelle qui nous émeut infiniment. La distribution comporte douze excellents comédiens qui chantent remarquablement quand il le faut. Mais pourquoi cette pièce culte, revisitée et même raccourcie intelligemment, reste-t-elle tellement indigeste ?
Thêatre Artistic-Athévains : mardi 20h ; mercredi, jeudi 19h ; vendredi, samedi 20h30 ; dimanche 16h. Réservations : 01 43 56 38 32