10 avril 2008

Le plus heureux des trois, d'Eugène Labiche

Le plus heureux des trois n’est surtout pas celui qu'on pense et les trois sont évidemment le mari, la femme et l’amant ; mais pourquoi jamais la femme, le mari et la maîtresse ? Par ce que vaudeville traditionnel oblige, c’est la femme qui est légère et le mari nigaud ou naïf. Ici le mari veuf Marjavel a re-convolé avec Hermance. Un de ses amis, Ernest, est le soupirant éperdu de cette Hermance qui y trouve son compte. L’oncle d’Ernest avait été l’amant de Mélanie, feue la première Madame Marjavel. Mais c’est plus compliqué que cela : la délicieuse Berthe, amoureuse en secret d’Ernest, brûle de l’épouser. Lui n’en a cure. Quant à Marjavel mari cornu et qui le sait peut-être, il a lui-même une dulcinée et trompait aussi sa première conjointe. Voilà pour vos vrais-faux couples bourgeois. Ajoutez-leur une soubrette Pétunia qui prétend tout connaître de leurs manigances, ce dont on doute, et un couple de domestiques alsaciens à l’accent hilarant. Krampach le valet se vante d’avoir épousé Lisbeth qui n’était plus pucelle, pour lui rendre sa respectabilité, mais il lui reproche d’avoir fauté… devinez avec qui ? Bon sang mais c’est bien sûr… avec Ernest ! Le manège a tourné à vous en donner le vertige, mais un nouveau couple s’est formé, un nouveau mariage est en vue. Le cycle infernal et piégé a repris. Cette comédie loufoque, subtile, surréaliste mais aussi cruelle, cynique et profonde, est une mise en question de la fidélité et de l’institution du mariage. Mais baste ! La mise en scène a un rythme désopilant et le décor est stylisé au point d’en devenir kitsch ou gaguesque. Au milieu du plateau trône un canapé qui en fait est ce coffre dans lequel l’amant en catimini plonge quand le barbon de mari débarque, toujours quand il ne faudrait pas évidemment. La fantaisie règne partout et les costumes extravagants aux couleurs crues caricaturent les tenues d’époque, pied de nez de plus à la vraisemblance. Les sept comédiens, tous ébouriffants, jouent huit personnages, puisque la jeune et romantique Berthe est aussi Lisbeth avec sa coiffe de servante et son franc-parler savoureux. Côté trouvailles on ne vous révèlera surtout pas les ravages que le hanneton qui avait investi (!) le pantalon du valet Krampach au premier acte a fini par opérer au troisième, quand digne et en livrée, il tourne le dos au public. Hilarant, burlesque, tout pétarade et à deux cents à l’heure. Le soir de l’avant première un élément du décor s’est effondré, les comédiens dans le mouvement l’ont récupéré et ont commenté l’incident avec un aplomb souverain, faisant hoqueter de rire la salle. Le metteur en scène ovationné aux saluts prétend même qu’il intégrera ce gag dans ce spectacle qu’il faut que vous alliez voir.
Théâtre Mouffetard, du 14 mai au 28 juin. Du mercredi au vendredi à 20h30, samedi à 17h et 21h, dimanche à 15h. Réservations : 01 43 31 11 99