03 avril 2008

Quelqu'un pour veiller sur moi, de Frank McGuinness

Un titre tutélaire, un air de Gerschwin , ballade ou berceuse et la voix d’ Ella Fitzgerald, Someone to watch over me, soit toute la tendresse du monde pour vos détresses ordinaires. Une pièce qui ne pouvait avoir été écrite que par un Irlandais ; on ne sait comment rendre hommage à ces gens-là quand ils sont vrais poètes, ou bon dramaturges ou romanciers détonants. Dérision, violence, humour grandiose, fausse-mauvaise-bonne-vraie-foi, énergie, et résilience à l’infini. Et hâbleurs avec ça, bretteurs, baroudeurs, bâfreurs, buveurs et hauts en couleurs. Ici Edward, notre Irlandais de service, journaliste de son état, est dans une cellule à Beyrouth avec son camarade Adam, médecin de profession et citoyen des Etats-Unis. La guerre. Tous deux, fureteurs ou gêneurs, ont été pris en otages au hasard par des « islamistes » peut-être. Des murs nus : ils ont chacun un grabat du genre matelas ou lit pliant et une bouteille d’eau plastique par jour, une Bible et un Coran. Il fait chaud, ils sont en shorts, à leurs chevilles des chaînes, et si leur geôliers débarquent ils doivent remettre sur leurs yeux le bandeau noir qui les empêchera de les reconnaître. Huis-clos : ils se confessent, évoquent leurs souvenirs , leurs amours évidemment, ce qu’ils peuvent avoir en commun, leurs origines anglo-saxonnes par exemple, tout y passe. Leur humeur devient mélancolique ou agressive. Quel est leur avenir ? Un troisième homme, jeune, a été enfermé lui aussi avec eux : Michael est veuf, anglais et professeur de littérature un tantinet pédant. Tous trois se mettent à ré-inventer la vie, rejouent ou miment leurs films cultes , se servent de leur paillasses retournées comme accessoires ou décor de théâtre quand ils jouent des scènes de répertoire, une boulette de papier devient un mini-ballon de football, cela s’emballe, c’est désopilant et tonique. Et puis Adam est convié à sortir, on pressent ce qui va lui arriver. Edward, en revanche, a le droit de remettre les habits qu’il portait en arrivant, lui sera sauvé, pourquoi ? parce que l’opinion…on y croit ou on n’y croit pas, mais peu importe, Michael lui crie «bonne chance», sa voix s’étrangle, qu’adviendra-t-il de lui ? Malgré certaines tirades un peu longues destinées à attendrir le public et où le rythme faiblit un brin, le spectacle, fort, fait sourire, rire…jaune et admirer des comédiens exceptionnels.
Théâtre Mouffetard du mercredi au vendredi à 20h30, samedi à 17h et 21h, dimanche à 15h. Réservations : 01 43 31 11 99