08 avril 2008

Sur un pont, de Frédéric Bance

Dans le civil l’auteur enseigne la philosophie, mais il avoue « je ne sais toujours pas qui se cache derrière moi ». Il écrit des pièces de théâtre parce qu’ « il faut en revenir à un engagement décidé et à une critique affirmée des fonctionnements dangereux de notre société ». Moiteur suffocante, nuit, et sur un pont dans une ville polluée où tout cohabite avec tout, Aton aborde Veli, homme sensiblement plus jeune que lui. Le dialogue s’engage : répliques en forme d’ellipses, mais ne convoquez surtout pas vos auteurs-cultes du siècle passé qui se seraient assis côte à côte sur un banc, du genre… Ce qu’il y a d’étonnant chez Frédéric Bance c’est que, nourri de ses classiques, il reste inclassable et capable de donner volontairement l’impression de tourner en rond, alors qu’ondulant et fluctuant, il vous rapproche de l’essentiel et cherche à vous réconcilier avec lui. Les confrontations et les conflits se désamorceraient-ils, parce qu’il est aussi ou surtout ou même d’abord un poète ? La fraîcheur, les enfants, et encore « poser des questions, croire aux réponses ». Donc Aton et Veli, le premier avouant au second qu’il ne cesse de le suivre dans les rues, enfin… depuis la veille. Et qui prétend avoir être réquisitionné pour cela, par ce qu’il est une sorte d’indic, et que depuis la mort de sa femme, et les enfants à nourrir… Veli tient un discours énigmatique, emphatique, mais depuis que sa propre mère est morte son existence est devenue plus que risquée dans les rues qu’il squatte par intermittence comme il le fait de sa chambre. Le texte de Frédéric Bance est troué d’un multitude de trois ‘petits-points’ qui permettent aux comédiens de respirer. On ne vous dira rien de la fin de la partition à quatre mains d’Aton et Veli. Le rythme s’accélère avec évocations de violences, de catastrophes et de calamités les contraignant à n’être que ce qu’il sont . Lui Veli, que la folie le protègerait du monde, et Aton liquéfié lui tombant dans les bras, ou est-ce l’inverse ? Tous deux auront donc finalement tout envisagé, tout revisité : la fraîcheur, l’innocence et le début du monde. Selon Frédéric Bance : « le souffle du théâtre est dans sa mise en scène ». Celle de Philippe Seurin est rapide et sa scénographie simpliste est synonyme de vrai désarroi, de désordre difficile à réparer ou transcender. Thierry Garet est un Veli agité, bondissant, véhément et tellement charnel face à Philippe Seurin, crispé, halluciné et déchiré en permanence, mais si tendre et si proche. Tous deux font plus fort que très fort. Ce spectacle sera à aimer à Montmartre, à partir du 13 mai et jusqu’au 21 juin.
Tremplin Théâtre, 39 rue des Trois Frères, du mardi au samedi à 20h30.
Réservations : 01 42 54 91 00