08 mai 2008

Homosexualité, de Jean-Luc Jeener

Le titre laisse présager tout ce que vous pourriez imaginer et quant à la pièce, elle est plus explicite encore. Homosexualité : le mot y sera finalement rabâché sur tous les tons au point d’en devenir irritant et de faire « Nobobody knows the trouble I’ve been through, nobody knows but Jesus » Donc seul Jésus sait les souffrances de ceux de ses fils qui se sont plus particulièrement voués à lui, parce qu’ils étaient peut-être programmés pour le faire. Pierre est un jeune prêtre que son ministère comble et qui s’estime efficace, heureux de partager la vie de Julien qui est journaliste. Pierre : jeune, fragile et presque naïf ; Julien à qui on ne la fait pas, limite cynique. Mais ils s’aiment de façon si tendre, si charnelle, et ils sont tellement complémentaires. Arrive l’archevêque qui avait annoncé sa visite à Pierre pour faire le point avec lui , mais pourquoi donc au juste , et que sait-il de l’ « orientation sexuelle » de Pierre ? Les amants ont posé sur une table basse des verres et des bouteilles et ce qui va avec, mais le napperon blanc est peut-être un peu trop brodé, ça fait ‘pédé’. L’archevêque sonne, entre : il est à la fois homme d’Eglise et de dogme qui réitère les enseignements, père spirituel qui condamne, comprend et ne comprend pas à la fois, parle d’amour transcendant. Il dit être de son temps et ne l’est peut-être pas et n’en finit pas d’affirmer que la chasteté entre deux êtres qui s’aiment de façon anti-naturelle est de rigueur pour tout fidèle. Julien, sarcastique, rétorque que l’Eglise devrait reconnaître que beaucoup de prêtres et de prélats homosexuels exercent parfaitement leur ministère et qu’on devrait faire cesser l’hypocrisie et les reconnaître pour ce qu’ils sont. Il se laisse aller à des boutades d’un goût douteux et des descriptions plus que crues de ses ébats avec son bien-aimé dans le but de scandaliser Monseigneur l’archevêque (qui insiste : il faut l’appeler Paul) et aussi d’en faire un voyeur, un complice. Pierre est vite dans des états violents ; au supplice il quitte la pièce. Julien est resté un temps face à Paul ; il se rend compte soudain que Pierre a fui, mais pour aller où ? Il part, courant presque, à sa recherche. Monseigneur, pardon Paul, resté seul se reverse un verre de liqueur de prune. Fin d’une pièce poignante et parfois un peu bavarde où tout est dit et redit à coup de digressions et de tirades (les plus grands artistes ont été des homosexuels voyez Michel Ange, etc.) mais qui clame tout ce que l’Eglise catholique prône, tout ce qu’elle dénonce, tout ce qu’elle combat. L’excellent Jean-Claude Sachot est en force l’archevêque corpulent, véhément, barbu aux longs cheveux. Le jeune et charmant prêtre vibrant et émouvant est joué de façon très juste par un touchant Raphaël Cohen. Renaud Marx est un Julien gouailleur, railleur, séduisant, cynique et sincère. La mise en scène efficace est réduite à sa plus simple expression : on se lève, on s’assied on se relève, on se rassied autour de la petite table basse. Il n’en fallait pas plus. On sort du théâtre du Nord-Ouest plus que troublé, une fois encore .
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 15 juin, dates, horaires et réservations : 01 47 70 32 75