20 mai 2008

Les fourberies de Scapin, de Molière

mise en scène : Arnaud Denis
Au départ neuf personnages en costumes XVIIe se démènent et dansent comme des marionnettes ou de gracieux automates dans une lumière flamboyante sur une musique d’époque. Et la pièce commence, le rythme est déjà du mille à l’heure. Le bel Octave bondissant sur scène escorté de son valet Silvestre : « Ah ! fâcheuses nouvelles pour un cœur amoureux »…on connaît l’intrigue et la situation : il est épris de la délectable Hyacinthe, mais son Argante de père veut le marier à une autre, question de patrimoine et d’alliances prestigieuses. Plateau avec un minimum de décor et d’accessoires, répliques à-demi gommées par des gestes, gesticulations, courbettes, galopades et figures d’un ballet aussi dérisoire que jubilatoire. On se rend vite compte que c’est parfait ainsi : dans ce genre de pièce où les situations sont emberlificotées dès le départ, et où quiproquos et usurpations d’identité sont la règle, il ne faut surtout pas laisser réfléchir le spectateur mais plutôt le submerger par une vraie loufoquerie devenant quasiment métaphysique et bannissant toute rationalité assommante. La réflexion et l’analyse interviendront après. Quasi-shakespearien Arnaud Denis nous libère de toutes sortes de clichés et d’a priori. Et ça cavalcade, pétarde, ça se trémousse, s’empoigne, çà s’envoie ou se renvoie au tapis, ça cogne sur Géronte…rappelez-vous : ce père aussi abusif qu’Argante, hébété et réduit à une lamentation : « qu’allait-il faire dans cette galère ? » Barbon enfermé dans un gros sac, Scapin lui a fait croire qu’il sera le témoin, sans les voir, de scènes d’explications et de règlements de comptes salutaires. C’est quichottesque, commedia dell’artesque, guignolesque et grandguignolesque, ça secoue, ça se moque de soi, se moque de tout et même du reste, ça se surprend à faire des arrêts sur images et des jolis pieds de nez à tous les intellos, pédagos, ou metteurs en scène moralisants et sinistres qui se sont acharnés à disséquer le propos de l’auteur : il y en a eu tant ! Avec à leur tête Arnaud Denis bondissant et magnétique mais joliment survolté, les comédiens sont étourdissants : le public, tous âges confondus, hurle de joie. Moralité : Scapin…escroc…manipulateur…fourbe ? vous voulez rire ! Quant au spectacle c’est une catharsis magistrale.
Le Petit Montparnasse. En mai :du mardi au samedi à 19h15, matinée dimanche à 15h 30.
A partir de juin : du mardi au samedi à 21 h, matinée dimanche à 15h30. Réservations : 01 43 22 77 74