19 mai 2008

Les Zola, de Joëlle Fossier

Le titre ne laisse pas présager qu’il s’agit plutôt du couple Zola que d’une famille Zola; curieusement cette ambiguïté constitue le sujet de cette pièce qui, nous ménageant émotion et rires, évolue de façon bouleversante à partir d’une scène plaisante et pleine d’humour. Emile Zola et son épouse Alexandrine reviennent euphoriques d’un dîner au restaurant; elle rit aux éclats et lui, grande gueule emphatique et réjouie échange avec elle des propos aimables. Ils se félicitent de ce qui leur est récemment arrivé, du retentissement de la lettre au président de la République, de ce J’accuse qui a secoué la France et suscité l’admiration des lecteurs d’Emile. Le couple ne se résigne pas à aller se reposer, il est trop tôt; il se met à sa table de travail et discourt, lit l’autoportrait complaisant et humoristique qu’il vient d’écrire et ne cesse de louer sa femme qui est sa meilleure part, comme elle a décidé qu’il était la sienne. Il est fier de ce que leur complicité lui a apporté dans le travail, sa réussite à laquelle elle a tant contribué. Ils évoquent encore les amitiés qui comptent pour eux : écrivains, poètes, peintres, leur petit bande. Elle avoue avoir tout abandonné de ses ambitions pour se dévouer à lui, qui un rien macho, lui demande de délasser ses chaussures pour qu’il puisse enfiler ses babouches, ce qu’elle fait tendrement. Elle s’assoit près du poêle qui rougeoie, se met à broder, il s’affaire à ses écritures. Le temps passe, la lassitude vient, il y a des silences… curieusement elle lui demande « tu crois en Dieu, Emile ? » La réponse est plus que nuancée. Il s’assoupit, elle le réveille, lui propose une partie de dominos qu’elle interrompt brusquement prétendant qu’elle va perdre. L’atmosphère s’alourdit. Alexandrine fait remarquer à Emile que ces derniers temps il lui a paru soucieux. Il nie. Le temps s’étire encore. Elle décide de lui lire le courrier du jour qu’il a vaguement parcouru, et après s’être réjouie d’avoir reçu une invitation pour une opérette d’Offenbach, ils chantent en duo « Je suis Brésilien ». Elle décachète une nouvelle enveloppe et c’est le coup de théâtre. La lettre anonyme , signée par « un ami qui vous veut du bien » lui est destinée , elle la lit à Emile : il y est question d’un personnage demeurant 66 rue Saint-Lazare et dont elle aurait intérêt à se soucier. Tout bascule. Elle questionne Emile qui réticent puis effondré, lui avoue que rue Saint-Lazare logent sa maîtresse Jeanne Rouzerot, la jeune lingère d’Alexandrine, et les deux enfants issus de leur liaison. La seconde partie de la pièce est bouleversante et la fin admirable. Joëlle Fossier analyse avec finesse et maestria des personnages complexes qu’elle récrée en décalant et bousculant un peu les dates et l’histoire. Mais elle fait parler et jouer ses interprètes avec justesse et conviction dans un décor intimiste, avec petits meubles d’époque et autres bouquets qui nous rendent les protagonistes plus proches encore. Michel Papineschi est un Zola empathique plus que crédible et Céline Monsarrat est une Alexandrine gracieuse et élégante mais qui ,quand elle s’effondre ou se révolte, fait montre d’une classe telle que jamais cette pièce étonnante ne devient mélodramatique.
Théâtre du Nord-Ouest, le 23 mai à 19h, le 8 juin à 14h30, le 10 juin à 20h45 , le 12 juin à 16h30 et le 14 juin à 14h30. Réservations : 01 47 70 32 75