15 juin 2008

J'accuse, d'Emile Zola

mise en scène : Bérengère Dautun avec Eliezer Mellul
Devant une chaise de bois massive une énorme table genre fin XIXème siècle, sculptée, ornée et couverte de documents. Le comédien en veste grenat de velours d’époque commence la lecture de la fameuse lettre au président de la République publiée, est-il besoin de le rappeler, dans L’Aurore le 13 janvier 1898. C’était quelques jours après l’acquittement par le conseil de guerre d’Esterhazy, personnage trouble autant que corrompu, auteur du fameux bordereau qui à l’issue d’un procès truqué fit condamner, dégrader et exiler le capitaine Dreyfus. L’affaire allait continuer à secouer la France. Sous nos yeux Eliezer Mellul devient un Zola plus vrai que nature. Sa voix puissante, aux inflexions diverses et riches, et son corps vibrent, nous communiquant sa douleur, son indignation, son ironie. Il habite la prose enflammée avec laquelle il est parfaitement en phase et dont le rythme ne cesse d’enfler, paragraphe après paragraphe. Ses allées et venues, ses gestes sont en parfait accord avec son discours dont on ne perd pas une syllabe. Tendu, habité par un texte qu’il garde à la main, pour mieux nous faire sentir le rapport de l’écrit avec l’art oratoire. Enflammé mais jamais grandiloquent , comme épuisé il arrive au comédien de trembler et d’avoir des larmes dans la voix. Mais tout est toujours d’une grande justesse. Quelques mesures de musique militaire, des flashes de lumières rouges quand Zola en vient aux cinq ‘j’accuse’, dénonçant l’incompétence, la malhonnêteté et la fourberie des personnages-clés de ce drame, qui font culminer le réquisitoire ; tout est dosé. D’un bout à l’autre la mise en scène est d’une élégance et d’une sobriété étonnantes. Le Zola qui clame sa « passion de la lumière » exalte le respect, la dignité, l’honneur et réclamant une vraie justice, il affirme « quand une société en est là, elle tombe en décomposition ». Il nous touche infiniment quand il déclare que « l’humanité qui a tant souffert a droit au bonheur ». Bérengère Dautun et Eliezer Mellul nous offrent un spectacle exemplaire et bouleversant. De ceux qu’on aimerait revoir. Qu’on reverra.
Donné au Théâtre du Nord-Ouest, J’accuse sera repris et vous en entendrez parler le moment venu.