11 juin 2008

La contrebasse, de Patrick Süskind

avec Stéphane Biéry, mise en scène Elisabeth Vitali
Une pièce au décor stylisé orné de colonnes claires; au centre une porte qui se révèlera être celle d’un placard à vêtements et un meuble étrange, pivotant, comportant un frigidaire rempli de cannettes de bière. Face à nous le musicien d’un orchestre symphonique qui se définit comme un fonctionnaire exploité, et sa contrebasse au format insolent. Il en fait l’éloge, en tire quelques sons, les commente, style conférencier pour expos, ou guide pour visite de zoo; on sent qu’il le fait pour évacuer l’exaspération qui monte en lui, les bières se succédant à un rythme accéléré. Très vite on n’est plus sûr du tout que son outil de travail soit un allié, un ami, ou même un confident. Il s’asseoit, raconte, rit, boit et cela vire au règlement de comptes ou à la scène de ménage faite à ce bourreau, cet empêcheur de vivre et d’aimer. Le musicien s’épanche, se démène, hurle son désir de voir la jolie, la sublime mezzo Sarah s’intéresser aux émois qu’elle lui cause. Et puis il invoque la musique éternelle ou métaphysique qui doit conditionner l’existence. Il a fiché sa contrebasse dans une petite caisse et de dos, c’est alors une femme mystérieuse ou détestable qu’il caresse ou enlace. Quelques bières et des bruits d’orage plus loin : il est à terre. Le mur du fond s’avance, se fige. Le musicien éructe, son humour devient féroce et ses propos acides et funambulesques. Mozart est très surrestimé, ne battait-t-il pas sa femme au juste ? L’existence n’est que solitude, médiocrité. Endossant enfin sa livrée de concertiste s’en allant jouer L’Or du Rhin et tirant sa révérence, il sort de scène. On est pantois. Stéphane Bierry est grandiloquent, volubile, agité, exaspéré, abattu, ricanant, sale gosse limite cabotin, mais son énergie est redoutable et sa prestation grandiose. Mise en scène rapide, nerveuse; séquences de musique classique avec huitième de Schubert et sa Truite réconfortantes ; les lumières sont très travaillées et généreuses. La pièce, divertissement au sens philosophique du terme, est surtout un spectacle surréaliste hilarant.
Théâtre de Poche-Montparnasse, du mardi au samedi à 21h, matinées : samedi 18h et dimanche 15h. Réservations : 01 45 48 92 97.