17 juin 2008

L'école des maris, de Molière

Mise en scène de Jean-Luc Jeener
La critique a décidé que le talent de Molière a véritablement explosé avec l’écriture de cette pièce représentée pour la première fois en juin 1661. Ecrite en alexandrins fluides elle est cocasse, à peine cruelle, plutôt gentiment abrasive. On est ravi qu’elle ait été choisie par le Théâtre du Nord-Ouest pour inaugurer son Molière : l’Intégrale qui se poursuivra jusqu’au 8 mars 2009. La situation de départ apparaît simple : deux frères, l’un quadragénaire (Sganarelle) et son aîné (Ariste) presque sexagénaire ont recueilli deux jeunes orphelines à la mort de leur père et sur sa demande : c’était un ami. Léonor a été confiée à Ariste qui la laisse libre de fréquenter qui elle veut, de vivre comme elle l’entend, mais veille sur elle avec tendresse. Isabelle est sous la coupe de Sganarelle qui la séquestre presque et se prépare à l’épouser, sous prétexte qu’être son tuteur signifie lui servir de père et bientôt d’époux : « une femme qu’on garde est gagnée à demi ». Il convient, selon lui, qu’elle soit maintenue dans le droit chemin et cela à cause de « la corruption des mœurs de maintenant ». On imagine la suite : la ravissante Isabelle, femme de tête par ailleurs, a déjà un charmant soupirant (Valère), flanqué d’un valet et confident astucieux (Ergaste). Elle échappera à son mentor en le manipulant, bien qu’il soit au courant de son penchant pour son amoureux ; elle se servira aussi de l’existence de sa sœur dont elle endossera la personnalité. Quiproquos, confrontations, embrouillaminis, manteau à capuche noire dans une pénombre propice, et aussi allusion à un enlèvement dont elle pourrait être la victime et que son prétendant serait sur le point d’effectuer. Son barbon prenant alors de plus en plus ses désirs pour des réalités avance la date prévue pour leurs noces, un commissaire et un notaire sont convoqués mais grâce à un ultime tour de passe-passe l’acte final consacrera l’union d’Isabelle avec Valère tandis que Léonor conquise par la tendresse, la sollicitude et le bon sens d’Ariste l’épousera et que sa fine mouche de soubrette Lisette déclarera au public « Vous, si vous connaissez des maris loups-garous (comprenez hommes mélancoliques ou dangereux ) envoyez-les au moins à l’école chez nous ». La mise en scène est alerte, on bouge beaucoup, on cogne à de vraies portes, on les claque, on dévale un escalier, on s’embrasse ou on cherche à s’étreindre, on se fait des pieds de nez dans le dos, et de vraies cornes par-devant : « Que j’aurais de plaisir si on le fait cocu » dit Sganarelle-le-largué parlant de son frère. Dans la petite salle Economidès de ce théâtre très singulier le public est si près des acteurs que tout devient magique; aucune distanciation n’interviendrait ou ne fonctionnerait si projecteurs et lumières ne nous faisaient des clins d’yeux ou ne nous donnaient de vrais répits. On en redemanderait, tant les sept comédiens sont parfaitement distribués dans leurs rôles. Mentions spéciales pour tous, mais d’abord pour Pierre Sourdive, Sganarelle émoustillé, beau et plastronnant mais qui joue finalement un être bernable à merci qui prend ses désirs pour des réalités. Et que dire d’Eliezer Mellul, yeux pétillants d’intelligence et d’humour pardessus barbe et moustache institutionnelles. Les jeunes femmes sont de fines mouches, fraîches, belles, drôles dans des costumes élégants. Un rêve.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 8 mars 2009, dates, horaires et réservations : 01 47 70 32 75