26 juin 2008

Le malade imaginaire, de Molière

Mise en scène de Jean-Luc Jeener
Calé dans son fauteuil votre malade est vêtu d’une très élégante robe de chambre assortie d’un couvre-chef du même métal: il entame ce monologue où Argan récapitule les sommes d’argent que se voulant, se croyant ou se souhaitant égrotant, il a récemment données à son médecin et à son apothicaire. Dès les premières phrases Philippe Desboeuf en fait une partition baroque et loufoque pour monstre sacré authentique. Il maugrée, s’amuse, s’interroge, vitupère la servante, cette chienne, cette coquine qui n’obtempère pas à ses « drelin-drelin-drelin » exaspérés. Murielle Lemaire, soubrette-Toinette, arrive enfin et tout prend un tour ébouriffant. Elle galope sur la scène, rit en cascades, relève un tantinet ses jupes pour monter l’escalier qui la mène là où l’appellent ses fonctions, le remonte, le redescend. Toinette a le verbe haut et Murielle a une voix éclatante, des gestes éloquents, elle caresse le visage de ce maître que sa Béline, cette traîtresse de seconde épouse qui lui masse les épaules et lui fait la bise si chaudement qu’on se pâmerait de tendresse appellera « mon fils ». On ne tentera pas de vous remettre la pièce en mémoire non plus que de vous rappeler qu’Argan exige que sa fille aînée Angélique épouse Thomas, fils de Diafoirus et médecin comme son père ( joué de manière sidérante et glaciale par Dimitri Fornasari ) mais qui aime- depuis six jours, notez-le- ce Cléante aussi éperdu d’elle qu’elle l’est de lui. La suite? Toinette, entremetteuse et maniganceuse-née, fera en sorte que l’abominable Béline se démasque et jette l’éponge devant son mari apparemment mort. Fabuleux Philippe Desboeuf qui réussit à demeurer la bouche ouverte et l’allure cadavérique pendant de si longues minutes. Entre temps il y a une scène où Bérald, frère d’Argan tente de plaider la cause d’Angélique, et une remise en question de la médecine d’alors, ou de la médecine de toujours. Telle est la pièce, avec ses longueurs touchantes que nous présente le Théâtre du Nord-Ouest dans une distribution étonnante, où nous avons eu la joie d’assister à la naissance d’une actrice : la jeune Louison, une dizaine d’années, que son Argan de père veut fouetter si elle refuse de lui dire qu’elle a bien vu un jeune homme faisant la cour, dans sa chambre , à sa sœur Angélique. Louison, monstresse précoce qui fait mine de s’évanouir quand son père s’apprête à lui donner le fouet. « Il n‘y a plus d’enfants ». Cet Argan bernable que Toinette, déguisée en médecin nonagénaire a réussi à persuader que c’est du poumon qu’il souffre perd enfin toutes ses défenses. En somme un Philippe Desboeuf soudain devenu Alzheimer-plus. C’est un des plus beaux et des plus étranges moments de ce spectacle qui en comporte tant et que nous avons aimé.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Molière: l’Intégrale, dates, horaires et réservations :01 47 70 32 75