30 juin 2008

Molière Armande et les autres, de Claude Mann

Molière, Armande et les autres, de Claude Mann, mise en scène de l'auteur
On a aimé un Claude Mann au cinéma, dirigé par d’étonnants réalisateurs à côté de grands comédiens et comédiennes, Jeanne Moreau entre autres. Passionné de théâtre il en a bâti un à Joinville et constitué une équipe pour y jouer régulièrement tant les classiques que des pièces ayant pour personnage central une figure emblématique de l’histoire ou de la littérature, plutôt française et telles qu’il les aime. Une fois encore il nous prouve qu’il est un auteur dramatique solide et rassurant avec cette reconstitution des quelques jours précédant les premières représentations du Malade Imaginaire, dernière séquence de la vie de Molière. Claude Mann y incarne le dramaturge, lâché par Louis XIV qui l’avait tant aimé et aidé. Sa femme, Armande, fille de sa première muse Madeleine Béjart, après avoir pris ses distances par rapport à lui pendant des années, l’a rejoint, peut-être parce qu’elle sent qu’il était temps de le faire. Elle, tellement plus jeune que lui, mais tout aussi éprise de théâtre. Tous deux ont vécu au cœur d’une troupe, famille tendre et cruelle, forte mais désemparée quand les protecteurs et autres mécènes font la cour à d’autres auteurs pour des raisons qui n’en sont pas. Jean-Baptiste et Armande partagent l’amour des confrontations de personnages complexes, en proie à des passions qui les déchirent, les renvoient à eux-mêmes , les mettent en danger mais ce faisant, leur ouvrent des perspectives nouvelles. Ils vivent de la langue qui les réinvente chaque jour, chaque réplique portant la vie à bout de bras et la justifiant. Claude Mann nous présente un Molière qui sent et sait ce qu’il va quitter et qui veut que certains comptes soient réglés honnêtement. Il toussote de plus en plus souvent. Armande, acidulée mais lucide, qui reproche à son époux ses inclinations et ses coups de foudre pour des muses successives, est le charme féminin incarné. Les jeunes Lagrange et Baron, membres de la compagnie de celui qu’ils appellent maître ou patron, quitte à ce qu’il les rembarre, parce qu’au théâtre personne ne peut se targuer d’être le patron de qui que ce soit, sont plein d’égards pour lui. Le compte à rebours a commencé : Molière le sait. Côté jardin, sur la scène est posé un bureau avec des manuscrits dessus, et côté cour une table avec de petits candélabres où la servante, ineffable et truculente Laforet en coiffe dépose les ultimes bouillons qu’elle sert à un maître dont elle connaît si bien les habitudes, les travers, les faiblesses. Elle s’effondre quand il est à l’article de la mort, cependant que nous est lu (est-ce par Baron ou par Lagrange ?) le récit de ses derniers moments. Noirs entre chaque scène où Molière est entouré par ceux qu’il aime, qui ont posé la main sur ses épaules et le soutiennent. Musiques symphoniques en intermèdes ou en fond sonore émouvant. Une pièce écrite autour d’un personnage historique est souvent un prétexte pour le récupérer en entrant abusivement ou de manière anecdotique dans ses chaussettes. Ici Claude Mann et les camarades qu’il a choisis pour l’entourer veulent d’abord exalter l’amour du théâtre qui est le leur, et nous le communiquer: une passion.
Théâtre du Nord-Ouest dans le cadre de Molière: l’Intégrale, dates, horaires et réservations : 01 47 70 32 75