20 juin 2008

Monsieur le Président, de Yann Reuzeau

Monsieur le président, texte et mise en scène de Yann Reuzeau
Sur l’affiche ce président-ci a deux bras bien visibles, il ne pose pas devant des drapeaux français et européen dos à dos, les livres de sa bibliothèque sont de taille inégale et ses yeux ronds sont plutôt furibards. Mais « l’important c’est que le message passe » : soit un des slogans éculés, de ceux qui seront rabâchés tout au long de la pièce. Si cela vous paraît téléphoné, n’en déduisez surtout pas qu’il s’agit d’un spectacle pour café-théâtre ou pour cabaret satyrique. Derrière il y a un auteur dont la troisième pièce est plus satyrique qu’engagée, plus rigolote et plus narquoise que les premières qui se voulaient dérangeantes. Au départ une bande-son composée des phrases cultes prononcées (avec ‘bravitude’ en prime) par des candidats à la présidence de la République depuis plus d’un demi siècle. Quatre hommes en tenues strictes, légion d’honneur à la boutonnière, et une femme en tenue du genre MAM, notre ex -ministre des armées, sont au garde-à-vous. William Hautcoeur vient d’être élu Président de la République. Ils entonnent la Marseillaise. Certains chantent faux, exprès, et Julien, jeune énarque, très proche collaborateur du nouvel élu enchaîne strophe après strophe ; tout y est plein de haine, sanguinaire, sous couleur de patriotisme exacerbé. Phase deux : toast porté au président par les mêmes dans son bureau. Arrive en courant l’ancien président en short , à quelques heures de partir pour de longues vacances à Caracas. Il passe les consignes à son successeur : de toutes façons le majordome est au courant de tout. Mais il se trouve que le nouveau président, fantoche ou simple dégonflé, n’a déjà plus aucune envie d’exercer le pouvoir. Son conseiller en communication, publicitaire monté sur ressorts élabore des stratégies-bis pour lui permettre de s’en sortir. Claudia sa femme insatiable et frustrée jusqu’à en devenir hystérique et avec de moins en moins d’illusions sur son mari, a exigé qu’il la nomme ministre. Ce qu’il fera pour tenter de se faire éjecter de son poste échouera ; les mesures effarantes, à la redresse, suggérées par son cabinet, comme d’ôter le droit de vote aux femmes- si peu fiables-seront plébiscitées. Et tout lui réussira, tant au plan national qu’international. Au terme de son premier mandat et à son corps défendant, l’homme de plus en plus victime de crises nerveuses sera ré-élu. Conte philosophique, fable ou farce, c’est ludique et porté par une équipe de comédiens soudée. Certains jouant plusieurs rôles sont méconnaissables à chaque fois qu’ils interviennent, mais tous à l’avant-scène viennent chanter leur version recomposée de la Marseillaise. Ce qui peut donner au refrain : « A poil…citoyens ! » Bourré de tics nerveux, mais avec un sourire qui se veut rassurant, William Hautcoeur : Mister President, même confronté à la réincarnation de Marilyn (son collaborateur number one Geoffroy Rondeau monté sur des escarpins vertigineux et en robe que l’haleine d’une bouche de métro ne fera surtout pas s’envoler) n’est jamais distribué dans le rôle d’un fieffé menteur ou d’un simple opportuniste. Il reste ce semi-candide, plutôt crédule, impeccablement beau, bref une icône. Walter Hotton a une prestance un peu semblable à celle de Ronald Reagan, alors acteur de série B ou à celle de JFK voyez sourire et sex-appeal ravageurs. Ses camarades : Alain Dion, Renaud Castel, Geoffroy Rondeau jouent tant de rôles qu’on ne sait plus qui ils sont quand ils bondissent sur scène, avec ou sans perruques, et c’est très séduisant. Face à eux épatante Blanche Veisberg , ‘première dame’ corrosive.
Manufacture des Abbesses, du lundi au mercredi à 21 heures, réservations : 01 42 33 42 03