24 août 2008

Le mariage forcé, de Molière

Mise en scène: Jean-Pierre Bernard
« Cette pièce a certainement été faite à la hâte » ... « un impromptu », commente encore un gazetier quelques semaines après sa création en 1664. Molière avait-il 'en portefeuille' une petite comédie, ou un canevas qu’il aurait remanié en dix scènes pétaradantes ? Comme dans Georges Dandin, le thème est celui du mariage considéré comme le début de la fin pour tout homme n’ayant pas repéré que la jeune femme qu’il convoite et le met en émoi est une coquette, une rouée (elles le sont toutes, allez !) destinée à le cocufier vite et sans vergogne. Bien sûr, elle compte jouir intensément de sa position d’épouse de riche barbon « qui n’a que six mois dans le ventre ». Le rythme est débridé, les dialogues truffés d’absurdités, boutades et lapalissades en rafales. Les mots jouent au ping-pong. Les personnages se coupent la parole en permanence, on est en plein surréalisme. Il y a de vrais dialogues de faux sourds et Dubillard, Obaldia, mais aussi Jarry ne sont pas loin. Sganarelle a environ 53 ans mais prétend ne plus savoir son âge ; il va épouser Dorimène et interroge des amis qu’il croit sincères pour leur demander s’il a pris la bonne décision. Avant même qu’ils ne lui répondent, il les prévient que la chose se fera le soir même. Puis saisi d’un doute au souvenir d’un rêve où il se voyait « dans un vaisseau, sur une mer bien agitée » il décide de consulter des philosophes. Les deux savants qu’il va trouver sont des hurluberlus, dangereusement poétiques à force d’être loufoques. Ils font mine de se mettre dans des colère rares au moindre prétexte. Sganarelle, dans une impasse, décide de se faire dire la bonne aventure par quelqu’un de compétent. Cependant que sa promise rencontre son soupirant à qui elle dit n’épouser Sganarelle que pour son bien. Entre temps ce dernier rongé par des doutes croissants tente de se désengager et d’expliquer ses appréhensions à son probable ex-futur beau-père qui le prend très mal. Le fils de ce dernier donc frère de Dorimène provoque en duel Sganarelle qui se voit contraint d’épouser celle qui n’attend que d’aborder au plus vite « l’heureux état de veuve ». L’épisode burlesque où les deux philosophes consultés par Sganarelle discutent de la ‘ figure’ et non de la ‘forme’ d’un chapeau a-t-il fait tellement rire le metteur en scène qu’il en a conclu qu’il fallait que les chapeaux des hommes soient ridicules, donc modernes? Il a transposé la pièce trois cents ans après et les messieurs sont en vestons Dorimène, en tenue courte, revient de faire des emplettes en vue de ses noces ; elle est flanquée d’énormes sacs estampillés Printemps et autres Galeries Lafayette. Et on ne vous dira rien d’autres gags ravageurs. Tout est désopilant ; le rythme est insensé. Au bord de régler ses comptes, un personnage fait mine de basculer et d’atterrir dans les bras des spectateurs. Les comédiens toniques et parfaitement distribués sont apparemment ravis de jouer ensemble.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de l’Intégrale Molière jusqu’au 8 mars 2009. Dates et réservations : 01 47 70 32 75