19 août 2008

Pierre Péchin, cet homme est dangereux !

De et avec Pierre Péchin, au piano : Xavier Aymeric
Ah ça oui, l’homme est un danger public… et même tous publics parce qu’on est en grand danger de l’adorer d’emblée quand il débarque ces temps-ci (et il le fera jusqu’à la mi-octobre) sur la scène du Méry, théâtre où l’on est si bien accueilli. Ce qui n’est pas forcément le cas de certaines salles où vous serez mis en rangs, houspillés par des cerbères généralement féminins aux consignes ultra-strictes et qui n’ont pas la moindre idée de ce que sourire signifie. Pardon pour cet accès d’humeur : nous étions à Paris, au creux du mois d’août, avec ses souvenirs de saison. Pierre Péchin est ce comédien, cet homme de radio, de théâtre et au départ de café-théâtre qui, dans ce qu’il est convenu d’appeler des sketches, donc des numéros, des séquences, fait tout basculer, voltiger, avec une désinvolture sidérante, une fausse nonchalance et une élégance rare. Il parodie une ex-émission littéraire de la télé aussi prétentieuse qu' interminable, présente aussi un journal télévisé destiné à ne durer que dix secondes. Limite incohérent, il avale ses mots, boule ou ‘savonne’ son texte mais on comprend tout ce qu’il dit et on conclut au gag systématique. Quand il joue les pipeulles-alcoolo-dépendants d’une inanité confondante il est plus vrai que nature. Mais sa fantaisie, sa liberté de ton, sa faculté d’imiter, de prendre des accents, lyonnais ou suisse-mâtiné-chinois et bien sûr maghrébin dans la version incontournable (sa marque de fabrique) à peine réactualisée de la ‘cégale et la fôrmi’ qu’on lui réclame en fin de show, font tilt. Funambulesque, il risque des mot d’esprit qu’on ne pardonnerait pas à d’autres, mais on en redemande. S’il va à Mâcon avec deux …cons, comme il le confesse tout en coupant ses spaghettis avec des ciseaux avant de les ingérer, il est en fait à la recherche du pain perdu. Il est peut-être parti à la conquête de l’Oued, mais au bistrot il réclame un Coca sans Coke. Question art c’est à Monet et ses ‘nymphomanes’ que va son admiration. Son complice au piano, délicieux Xavier Aymeric, soudain joue le Clair de lune de Debussy, pourquoi ? parce que tous deux l’aiment. Et tout est à l’avenant.. Pierre Péchin, avant tout généreux, veut donner du plaisir à son public : sous une apparente désinvolture, c’est un bosseur, qui remonte en force au créneau. Après avoir été adulé par le public dans des théâtres énormes, il a choisi de jouer dans des salles de plus petite jauge, pour être près de vous, de nous.
Théâtre le Méry, du mardi au samedi à 20 heures. Réservations : 01 45 22 03 06