04 septembre 2008

24 heures de la vie d'une femme,

24 heures de la vie d’une femme, d’après Stefan Zweig
Mise en scène Freddy Viau, avec Laure Meurisse et Mona Lou
Freddy Viau, auteur de théâtre, metteur en scène, comédien dont la pièce Dard-Dard, cocasse, festive et déraisonnable a fait un tabac ces derniers mois, et dépassé la 120ème, monte à présent ces 24 heures-ci pour lesquelles il a une infinie tendresse. L’écriture de Stefan Zweig l’éblouit et le personnage central le touche. Cette aristocrate anglaise, veuve, mère de deux grands garçons, voyage à tout va maintenant et fréquente la côte d’Azur voyez casinos. Elle avoue éprouver de la fascination pour les mains des joueurs. Nous sommes en 1865 et la comédienne est en robe d’époque avec une gigantesque crinoline. Celle qu’elle porte au début de ce récit-confidence est montante, austère, veuvage oblige. Quand, dans une salle de jeu, Lady C. fait la rencontre d’un jeune Polonais en train de se ruiner, elle s’attache à lui sentant que, désespéré, il pourrait vite se donner la mort. Elle décide de ne pas le quitter et de devenir pour lui une sorte d’ange - gardien. Pour symboliser l’évolution prévisible de leurs relations Laure Meurisse déboutonne sa tenue noire assortie d’une mante et d’un chapeau à plumes que ne renieraient pas de nos jours les élégantes du Derby d’Epsom. La voilà dans une délicieuse robe claire et décolletée, avec autour du cou une chaîne et sa croix. Ce qui se passe entre Lady C. et son ‘protégé’ est intense, poignant, à rebondissements. Mais l’aristocrate tient à ce que sa conduite reste élégante et son honneur sauf. Elle a pris pour confidente sa servante stylée, attentive et compatissante (Mona Lou en costume noir, coiffe et tablier blancs). Elle lui adresse de gracieux mouvements de tête. Cette adaptation de la nouvelle de Zweig est fidèle, la mise en scène et la scénographie astucieuses : la servante qui n’a que très peu de texte à dire, s’assoit, empoigne son violoncelle et se met à en jouer : Bach et consorts mais aussi Bartok, tous voluptueusement. Et puisque Freddy Viau ne peut s’empêcher d’être facétieux, on a soudain droit à un air de Charles Trenet. Dans le même esprit, Nicolas Ferran, créateur du décor, a planté au centre de la scène une structure compliquée en métal et bois censée évoquer les lieux où Elle et Lui se rencontrent. Laure Meurisse-alias Mrs C. a le regard clair, le visage lisse et une gestuelle désuète, corset oblige. Mais elle peut aussi redevenir cette jeune fille espiègle qui bondit sur scène, crinoline oscillante découvrant un pantalon, sous-vêtement avec petites dentelles d’époque. Le jour où nous avons découvert ce spectacle la salle était recueillie et la qualité d’écoute étonnante. Avec toussotements de spectateurs éliminant leur émotion aux moments où il le fallait.
Allez voir, entendre et aimer cette femme ‘24-24’, sa complice et le travail généreux de ceux qui font que ce spectacle existera jusqu’en novembre.
Théâtre Essaïon, mardi, mercredi, jeudi à 20 heures. Réservations : 01 42 78 46 42