30 septembre 2008

Europeana de Patrick Ourednik

Sous-titrée une brève histoire du XXème siècle et adaptée par Laure Duthilleul , cette pseudo- conférence sur l’histoire des dernières décennies, ponctuée de dates avec projections de scènes historiques en noir et blanc, le plus souvent tristounes et de préférence sinistres sur de petits écrans au centre de la scène se veut décalée, décapante, caustique avec en prime une critique de la bourgeoisie qui a toujours tout exploité. Guerres, shoa, montée de ceci et de cela, injustices : le catalogue est indigeste ; tout y passe, ressassé sur fond de musique chaotique. On admire quelques traits d’esprit et des formules lapidaires, mais c’est souvent bavard et archi-moralisant. Les deux comédiens, à la diction excellente et à la présence lumineuse sont complémentaires, l’un européen mais avec de vagues allures de Woody Allen jeune, et l’autre africain, extrêmement élégant. Ils servent de leur mieux cette démonstration et y croient : cela vaut mieux. Des gags de mise en scène font sourire, un rideau à demi-levé, une longuissime séance d’écriture à la craie effectuée par les deux hommes énumérant, sur des piliers ressemblant à des ardoises, les évènements-phares ou clés du siècle dernier, des bribes de discours de De Gaulle, des chaises jetées par terre, une table qui devient divan pour psychanalyste et où l’autre s’allonge. Mais ces pseudo-astuces de mise en scène ne rendent pas les énumérations de dates et les séquences didactiques plus digestes. Ça racle des pieds, ça traîne ses bottes…dommage ! Ce spectacle court tiré du premier livre traduit en français d’un auteur tchèque vivant en France est proposé à 19 heures, horaire sympathique, avant ce Shitzguerre, amour et saucisson’ d’Hanok Levin, mis en scène par Cécile Backès et bienheureusement oxydant. Cette saga farcesque d’une famille minimale : père, mère et fille incasable parce que fort volumineuse, sur fond de guerre avec tout ce qui s’ensuit : manière de subsister mais surtout d’en profiter. C’est nutritif, calorique. Saucissonné par des intermèdes musicaux à la contrebasse et au saxo, ce Shitz est défendu (mais on s’est rend avec plaisir) par une équipe de comédiens hyper-toniques. L’automne n’aura rien de mélancolique à l’ex-Potinière devenue Pépinière-opéra, puis cette année : Pépinière-théâtre, aimée de son public et qui depuis toujours prend des risques quitte à ne pas être à l’abri de quelques pépins. Nous sommes surpris, une fois encore.
La Pépinière théâtre, Europeana et Shitz : horaires et réservations: 01 42 61 44 16.