26 septembre 2008

Ivanov, de Tchekhov

Ivanov, de Tchekhov
Mise en scène : Philippe Adrien
A sa création Ivanov avait pour sous-titre ‘l’impossibilité de vivre’. La première des pièces à être jouée du vivant de l’ auteur dérouta tant le public que Tchekhov la récrivit illico. Pourtant l’intrigue est simple : Ivanov, trente-cinq ans, (donc presque déjà vieux en 1887) aristocrate et propriétaire terrien ne peut plus payer ses ouvriers agricoles. Il a emprunté de l’agent à ce Lebedev dont il fréquente la famille plus qu’assidûment. Marié depuis cinq ans à Anna issue d’une communauté juive et riche, la tuberculose de la jeune femme rend leur avenir assez sombre. Quant à son amour pour elle, c’est du domaine du passé. Jeune médecin, Lvov qui se prétend l’ami d’ Ivanov soigne Anna. Mais la charmante fille de Lebedev , Sacha vingt ans à peine, s’apprête à prendre la place d’Anna quand elle ne sera plus de ce monde. Donc Anna : la mort et Sacha : la vie. Mais les intentions et les sentiments de Sacha sont loin d’être simples, même si elle considère Ivanov comme un homme de cœur, sincère, incompris certes, donc digne d’être aimé. Parents et voisins gravitent autour de ces trois-là : mondains ou petits bourgeois prêts à faire leur auto-critique surtout quand on ne le leur demande pas, à confesser leurs fautes à l’Eternel, à dire leur lassitude de vivre, ou à jeter l’éponge. « Je ne comprends rien » répète Lebedev entre des rasades de vodka. Boire, sangloter, pleurer de rire, chanter. A la fin il y a deux morts : Anna et Ivanov. Philippe Adrien s’empare de cette pièce difficile que certains de ses confrères ont monté de façon plutôt lourde. Lui la transfigure : sa mise en scène plus ou moins rapide est un feu d’artifice. Les décors successifs donnent l’impression d’être devant des tableaux de maître. Sur scène c’est mouvementé, ça danse et virevolte de manière insensée, ça pétarade, on peut s’y battre aussi. Les accessoires et les meubles sont simples mais des musiques, des rideaux vaporeux et autres fumées vous font décoller , quitte à ce que, par moments, ça se fige au gré de propos mélancoliques. Les scènes de banquet sont fantasmagoriques. Distribution éblouissante : Ivanov, Scali Delpeyrat, au départ recto tono comme absent, émerge, devient charnel et dérange ; Anna : Florence Janas en fait tout autant : Alexandrine Serre est une Sacha déjantée, inquiétante et qui subjugue. Leurs camarades dans les autre rôles sont excellents, insensés. Etienne Bierry est ce Lebedev à la voix presque râpeuse qui vous met K.O. Quant à Vladimir Ant, dans le rôle de Nazarovna cette ‘vieille femme à la profession mal définie’ et mère de huit enfants qui commente à tout va, il est, avec Philippe Adrien, co-responsable du texte français. Cela donne : « Tu vas la fermer ? » et encore « mon chou »… «j’en ai marre »… « espèce de filet de maquereau …» Après tout pourquoi pas ? Le tout est ébouriffant.
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, du mardi au samedi à 20h, dimanche à16 h. Réservations : 01 43 28 36 36.