29 septembre 2008

La critique de l'école des femmes, de Molière

La critique de l’école des femmes dans le cadre de Molière, l’Intégrale.
Anne Coutureau met en scène et dirige des comédiens rares dans cette œuvre courte où Molière se moque des précieux, beaux-esprits et autres gens de cour, auteurs confirmés mais qui ne se remettent pas en question. Il se moque aussi de lui-même et son auto-dérision est fulgurante. Transposée de nos jours la pièce nous montre ces mondains et toujours gens de cour : femmes en tuniques de coton sur leurs jeans, bottes noires, et ces hommes en jaquettes ou simples vestons sur chemises décravatées réunis chez Uranie (Laurence Hétier) elle-même en robe rouge sage et sexy à la fois. Les attendant, elle allume une cigarette pour se donner un ton décontracté. Autour d’une table basse, calés un temps dans un canapé sans façon ou posés sur des sièges qu’ils déplacent régulièrement, les hommes se versent des verres de whisky. Leur hôtesse, cette Uranie, flanquée de sa cousine Elise (altière Catherine Schaub) sont rejointes par la prude et pédante Climène (Florence Tosi) en robe blanche à dentelles, dents dures, propos et regards acerbes. Un bol thaïlandais contenant des cacahuètes circule. Les comédiens se lèvent, s’assoient à nouveau, s’allongent par terre tout en devisant ou s’apostrophant : intellos-bobos, désinvoltes, virevoltant, pérorant, tels qu’en eux-mêmes. Aucune véritable intrigue, mais une discussion de salon entre des gens qui viennent d’assister à une représentation de l’Ecole des femmes et sont curieux de savoir si le jugement qu’ils portent sur cette pièce tient la route. Certains ne donneront leur sentiment qu’après avoir écouté l’autre pour ensuite jouter avec lui ou le moucher. Anne Coutureau a voulu un marquis alcoolisé (Olivier Foubert) qui, ayant décroché, suit la discussion de loin fredonnant l’air de « l’amour est enfant de Bohème » quand ses camarades évoquent Agnès, cette fausse ou vraie nunuche du « petit chat est mort ». ‘Indécente ou perverse’ rétorque Climène face à son Horace en ébullition. Le chevalier Dorante (Benoît Szakow) est un rhétoriqueur à la voix chaude, dont le discours sur l’art et le rapport entre le théâtre et la vie émeuvent infiniment, puisqu’il est Molière. Quant à Lysidas, le poète débarquant à la fin de la petite réception, joué par Yvan Garouel (en alternance avec Benoît Dugas), exaspéré par la tournure qu’ont pris les choses, il se plonge dans des méditations en continuant à mâchonner ses cacahuètes, fixe le sol cognant son verre contre son front. La fin de ce colloque ou plutôt de ce ‘pot’ ? Tous s’en vont dîner : un comédien reste en scène un long moment… et soupire, dubitatif. Mais pour nous aucun doute : c’est une réussite totale.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 8 mars 2009. Dates et réservations: 01 47 70 32 75.