13 septembre 2008

La journée des dupes, de Jacques Rampal

Mise en scène : Yves Pignot
Pour toile de fond un grand écran avec nuages, pour éléments de décor des fauteuils parcimonieux qu’on amène sur scène, qu’on remmène en coulisses, plus ça et là quelques plots en terre du style bornes où s’asseoir. Une table aux pieds forcément Louis XIII et des candélabres qu’on allume à chaque extrémité. Parti pris dont on comprend que le récit a besoin, puisqu’il doit nous faire avant tout entrer dans l’Histoire. La pièce est une commande passée par le Conseil Général de Vendée à l’auteur de cette Célimène et le Cardinal qui a été jouée par des comédiens immenses, traduite dans on ne sait plus combien de langues et moliérisée. Nous sommes dans le cadre de l’Année Richelieu avec célébration du 400ème anniversaire de la prise de possession par Richelieu de son évêché de Luçon, en Vendée. Trois actes pour nous rappeler qu’entre le 10 et le 11 novembre 1630, à Paris, Louis XIII fit mine pour plaire à sa mère de vouloir se séparer de son premier ministre omnipotent, puis le convoqua en secret pour lui signifier qu’il le maintenait dans ses fonctions, pour, à la séquence suivante, exiler cette mère manipulatrice qui l’excédait. Drame familial, affaire d’Etat, réflexion sur le pouvoir ? Le roi Louis, dit « le juste », a trente ans et une santé précaire : il souffre de la maladie de Crohn ; cela le rend mélancolique mais c’est un homme de talent qui dessine, compose des motets, un vrai stratège, donc un homme ‘complet’. Beaucoup moins effacé que celui dépeint par l’Histoire de France d’antan. Jacques Rampal nous l’apprend, nous le réapprend. L’épouse du roi : Anne, princesse autrichienne qui n’éprouve pas plus d’amour pour lui que lui pour elle, ne lui a pas encore donné d’enfant ; elle est très attirée par Gaston, Monsieur, frère du Roi. Quant à la reine-mère Marie, née Médicis, italiennissime, c’est une mamma redoutable qui a eu partie liée avec cet Armand Jean du Plessis, Cardinal de Richelieu, tant qu’elle a estimé que son propre fils n’était pas en mesure de gouverner. Voilà pour les protagonistes et pour la situation de départ d’un feuilleton qui se veut rocambolesque. Richelieu dira en conclusion qu’homme d'Eglise, c’est bien lui qui a fait évoluer toutes sortes de choses. La pièce, didactique, parfois anecdotique, au déroulement lent, à la mise en scène qui fait peu bouger les comédiens, les fige dans des rôles à la limite de la caricature. Rachel Pignot, servante Elvire, qui chante les complaintes ou ballades servant de transition est touchante. Rampal, auteur reconnu, trouvera un public sensible à certains traits d’esprit, jeux de mots, effets appuyés, souvent escortés d’aphorismes sentencieux, peut-être douteux. Yves Pignot, dont la mise en scène au Théâtre 13 du « Vol de Kitty Hawk » nous a enchanté, au Théâtre 14 nous désenchante un peu.
Théâtre 14 Jean-Marie Serreau : mardi, mercredi, vendredi et samedi à 20h30, jeudi à 19h, matinée samedi à 16h. Réservations : 01 45 45 49 77