01 septembre 2008

Le Tartuffe, de Molière

Mise en scène : Edith Garraud
A une table deux messieurs jouent aux cartes, l’un fumant le cigare. Une jeune fille allongée rêve à son amoureux : climat détendu, farniente, on est dans une famille apparemment unie… mais la grand’mère débarque. Cette Madame Pernelle vient remonter les bretelles de ses enfants et petits enfants, y compris la suivante et confidente de la jeune fille qui est au mieux avec le reste de la maisonnée. La vieille dame qui s’aide d’une canne (Antoinette Guédy, telle qu’en elle-même et à l’autorité de plus en plus surprenante) s’est installée dans le fauteuil central. Chacun en prend pour son grade et on apprend, ce faisant, qu’Orgon s’est entiché (c’est peu dire) d’une sorte d’aumônier privé, de père spirituel, d’un quelque chose-‘lama’ qui veut l’aider à vivre sa foi tout en canalisant ses énergies et, l’aidant à les transcender, le détacher des choses de ce monde. Il a été convié par Orgon à vivre en sa maison. Jean-Claude Sachot lui dédie son énergie, sa bonne humeur, son sens grandiose de la dérision, sa voix devenant plus catharsistique encore quand elle est tonitruante. Tartuffe que Jérôme Keen interprète impeccablement à vous en donner le tournis est comme on peut se l’imaginer : en costume noir, raide, comme statufié, visage inexpressif, genre à la Poutine, gestes retenus ou maîtrisés, voix presque atone. La suite… vous vous souvenez… Subjugué par Tartuffe, Orgon veut avoir de lui des enfants, pardon des petits enfants gratifiants, par le truchement de sa fille, Mariane laquelle se meurt d’amour pour le bondissant Valère. Son père décrète que l’union de Mariane et Tartuffe se fera illico pour prendre tout le monde de court. Contemplez une famille consternée et une Mariane (Coralie Salonne liane, belle, blonde, élégante, touchante) hébétée qui tente de dissuader son père de la sacrifier : elle ira au couvent s’il lui impose une union non souhaitée. Epouse d’Orgon, proche de ses beaux-enfants Marine et Damis, révolté sincère mais assez inopérant, Elmire (Laurence Hétier, femme droite, belle-mère tendre) prend des risques insensés pour que son époux ‘répudie’ Tartuffe. C’est sans compter avec le machiavélisme du pseudo-gourou, parasite sans scrupules qui a, on l’apprend alors, obligé son futur beau-père à lui léguer ses biens et fait maintenant intervenir un huissier pour les récupérer. Coup de théâtre final avec intervention d’un exempt envoyé par un prince magnanime et tout à fait au courant de la situation. L’ordre est rétabli, mais on a eu très chaud. La mise en scène est simple et astucieuse. Molière voulait qu’Orgon se cache sous une table - autre version du coffre des comédies italiennes de l’époque où se dissimulent les indésirables momentanés- pour y être témoin de la cour que Tartuffe fait à sa femme. Il veut, sans le négocier, lui imposer un premier rendez-vous hygiénique, pour lui du moins, tout en se répandant en propos d’un rare cynisme sur les hommes, la morale établie, etc. Edith Garraud utilise un paravent pour loge où un acteur, autrefois, se changeait avant de recevoir ses admirateurs. Pour se mettre à l’aise, Orgon ôte ses chaussures, et afin de se remonter le moral, tous se servent des petits verres. Quand un personnage est sur le point de parler, un autre lui avance une chaise, mais si ce qu’il a commencé à dire est mal venu, la chaise lui est retirée avant qu’il puisse s’asseoir. Mais on se serre les uns contre les autres, on s’enlace, on se tourne autour, on se plaque au sol, on s’empoigne, on se caresse, on pleurerait même sur une épaule amie. L’humour est partout, autant que l’amour, même s’il n’est synonyme que de recherche de volupté, de désir de possession charnelle et si, surtout pas éthéré, il s’efforce pourtant de ressembler à quelque chose de sur-naturel. Charme de cette pièce censée stigmatiser les hypocrisies et qui veut, ce faisant, les dépasser. Côté costumes, les femmes sont en robes mettant en valeur leurs silhouettes et leurs lignes. Dorine (époustouflante Anne Plumet qui mène le jeu tambour battant) est affriolante parce que drôlatique, avec chaussures à semelles compensées. Les hommes, la quarantaine affirmée, sont en complets-veston noirs. Valère (bondissant Aurélien Bénédeau) amoureux de Marianne est en blanc : pantalon, chaussures et chemise pour joueur de cricket. Et tous sont toniques.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Molière l’Intégrale, dates et réservations:
01 47 70 32 75