26 septembre 2008

Palatine

Palatine, d’après la correspondance de Charlotte-Elizabeth de Bavière
Adaptation et mise en scène : Jean-Claude Seguin, avec Marie Grudzinski
Dans les livres d’histoire de France légués par nos arrière-grands-parents, cette princesse bavaroise figure au chapitre Louis XIV. Elle a été unie au frère du monarque, alias Monsieur, mais entretient avec le roi, en toute honnêteté, une vraie complicité. Il l’apprécie pour son bon sens et son intelligence, ses qualités de cœur, son courage et son entrain « le roi ne peut souffrir les visages tristes ». Mais cette femme que les portraits montrent potelée, visage presque empâté, bouche à la moue ironique mais un brin figée, a une vitalité réjouissante et admet volontiers qu’on la trouve « trop naturelle » …quel euphémisme ! Pas…‘latine’ par sa naissance, même si elle l’est par ses alliances, elle a son franc-parler et n’hésite pas à utiliser des mots plus que crus pour stigmatiser les travers des grands personnages qu’elle côtoie :
Madame de Maintenon est forcément ‘une ordure’. Mais plus encore que sa liberté d’esprit, ses lettres révèlent sa sensibilité, son affection pour sa famille : père, tantes, cousines et aussi sa bonté. Germanique, protestante convertie au catholicisme, elle a gardé de la religion qui l’a formée certaines lignes de conduite : c’est une femme aussi droite que métaphysique. En somme elle est tonitruante et touchante à la fois. On se rit parfois d’elle, elle le sait et son époux ne l’aime pas : il lui préfère ses mignons, et ne l’a rendue mère que d’un enfant : « les hommes débauchés ont peu d’enfants ». Au fil des lettres on apprend qu’il ne l’honore plus depuis une vingtaine d’années. Peu importe, elle a la vie pour elle, devant elle, soit une vie passionnante à Versailles près de ceux qui exercent le pouvoir.
Et puis tout bouge : « le roi est décidé à continuer la guerre ». Elle vit intensément, d’autres meurent, elle s’attendrit, elle vieillit, sa santé s’altère considérablement... 8 décembre 1722, elle écrit à ceux qui s’en inquiètent : « pourquoi pleurez-vous ? », puis évoque l’au-delà.
Jean-Claude Seguin adapte et met en scène ce qui ressemble à un journal intime avec une rigueur, une habileté et un punch étourdissants. Le tout dans un décor joli, drôle et à tiroirs, au propre et au figuré. Marie Grudzinski comédienne inspirée, vraie nature, parfaitement dirigée par un metteur en scène complice, a des gestes courts, une brusquerie convenant à cette femme sans détours. Elle a adopté un soupçon d’accent ‘Europe de l’est’ savoureux et, vieillissant sur scène, s’affuble de robes de plus en plus lourdes (merci Philippe Varache pour ces costumes si parlants). Ses formes s’arrondissent, elle se courbe, boite, ses perruques avec ou sans mèches greffées-surajoutées s’enflent, les dates-échéances se succèdent. Elle se poudre, forcément de blanc pour camoufler les défauts d’une peau flétrie ; on se rend compte qu’on n’a surtout pas envie qu’elle nous quitte et que tout cela finisse.
Théâtre de Nesle, du 1er octobre au 27 décembre, mercredi au samedi à 19h30, réservations : 01 46 34 61 04.