17 septembre 2008

Paula Spencer, de Roddy Doyle

Paula Spencer, la femme qui se cognait dans les portes, de Roddy Doyle
Avec Olwen Fouéré
Les deux récits écrits à douze ans de distance par l’auteur irlandais nous racontent les trente plus récentes années de la vie de Paula, prolétaire dublinoise : son mariage, la naissance de ses enfants, les rapports qu’elle entretient avec eux, la mort de son mari, et la suite. Ce déballage serait anecdotique si cette femme n’était pas résiliente, une force de la nature, une ’battante’. Elle s’est battue, et d’abord a été battue par son époux Charlo, au point de perdre un enfant avant sa naissance, et d’atterrir régulièrement à l’hôpital, prétendant que ses ecchymoses étaient dues à une tendance à se cogner contre les portes. Jusque là, plus mélo tu meurs, on aurait envie de zapper, d’autant que, bien sûr, son mari et elle sont alcooliques, ce qui sauterait aux yeux de n’importe quel infirmier dans un de ces bas-fonds de la capitale irlandaise, où lui même, après son service se rue au pub. Donc on n’est pas dupe, mais l’humour irlandais avec ses côtés cyniques, ‘pas vu pas pris’, ferme les yeux sur ce qu’il ne veut pas reconnaître. Ici heureusement on ne nous raconte pas que c’est la religion qui rend les gens hypocrites. Paula a avoué son ancienne dépendance, clame qu’elle ne boit plus depuis un an, qu’elle a rencontré un homme quitté par sa femme et qui va l’emmener au cinéma. Ce qui rend ce spectacle touchant c’est l’étonnante comédienne à l’accent et aux intonations qui lui donnent son authenticité. Nature, monstre sacré à la voix tonitruante, Olwen Fouéré n’hésite pas à hurler, tirer la langue, agitant frénétiquement la tête, se réfugiant derrière ses longs cheveux blonds façon crinière. Quand elle apparaît en combinaison, genre années soixante-soixante-dix, après avoir ôté sa vieille veste en fausse fourrure et le reste, on voit ses côtes s’enfler lorsqu’elle vocifère, son jeu est avant tout ‘physique’ : on dirait une lanceuse de disque, visage aux traits taillés à coup de serpe et expressions hallucinées. Mais quand elle dit qu’elle a aimé son mari avant de le connaître, qu’elle évoque leur attachement mutuel effarant et qu’elle parle à ce Jo qui va peut-être l’aimer, elle devient humaine. Notez qu’elle a avoué s’être mise à battre son mari à son tour avec une poêle à frire, que c’était la bonne chose à faire à l’époque et que maintenant, veuve âgée de 49 ans, femme de ménage en chef dans des bureaux où elle est chargée des tâches les plus exigeantes, elle va pouvoir ré-envisager l’existence. Quelques chaises pliantes sur lesquelles la comédienne s’assoit les unes après les autres à califourchon, une mise en scène ressemblant plutôt à une mise en espace, un micro de chanteuse pour boîte de jazz, lumières sobres puis pénombre, Olwen Fouéré allume une cigarette, des briquets, arrête de jurer et de vociférer et de faire tourner en rond un récit désopilant, parfois poétique. Sa performance donne tout son intérêt à cette soirée.
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h30. Réservations : 01 43 28 36 36