30 septembre 2008

Tante Olga, de Michel Heim

Tante Olga, ou comment les trois sœurs ont perdu leur vertu, de Michel Heim
Mise en scène de Jacques Legré
Sous-titré un vrai faux Tchekhov, disons d’emblée que c’est un vrai bijou qui se donne dans ce petit temple de la dérision qu’est la Huchette. Sur scène évoluent des personnages apparemment empruntés aux Trois sœurs ou à la Cerisaie, Olga et Irina Karamazov vieilles filles distinguées, nostalgiques de prétendants qui les ont délaissées, effondrées par l’avènement du socialisme et qui détestent les Cosaques, ces barbares peuplant la région. Elles ont recueilli Natacha leur jeune nièce orpheline et vivent au domaine de La Roseraie. Premier des clins d’yeux qui vont se succéder sur un rythme de mitraillette. Un jeune médecin récemment installé dans la petite ville proche fait la cour à la jeune fille qui avoue être peu attirée par les hommes qu’elle n’admire pas, fait la difficile et vit dans les romans qu’elle dévore. Ses tantes souhaitent qu’elle accepte ce parti honorable. Voilà apparemment pour la situation de départ, mais Olga pour faire paraître le prétendant plus romanesque lui invente des ancêtres aristocrates allemands. On tique déjà un peu et on n’arrêtera plus de le faire car tout va se déglinguer et la partie immergée de l’iceberg va jaillir. La jeune Natacha est secrètement amoureuse de Youri, jeune moujik, ouvrier agricole attaché à la propriété. Elle ne peut s’empêcher de confier à sa tante Irina, gaffeuse née et obstinée, qu’elle s’est donnée à lui. Toutes les façades s’écroulent, et les secrets de famille, graveleux, loufoques ou scandaleux sont étalés au grand jour. Quant au passé chaste des vieilles dames… l’arrivée du fringant lieutenant de cavalerie qu’elles sont tenues d’héberger (dont le patronyme est forcément Kalachnikov) et leur fait la cour à toutes sert de déclencheur, même si réclamant le samovar il déclare que les femmes ne sont pas sa tasse de thé. Le docteur, beaucoup moins respectable qu’il semblait, et lui même pas indifférent aux jeunes gens est démasqué : il a même été épinglé pour des gestes indécents sur l’un de ses patients. On ne déflorera pas la suite. Mais votre jubilation viendra aussi du fait que tous ces personnages floués ou tricheurs s’expriment à coup de citations littéraires d’auteurs tous azimuts, d’expressions poétiques ou à double-fonds, et de jeux de mots délicieusement grivois, bref, souvent d’énormités. Les comédiens sont suaves ; la scénographie forcément sobre sert parfaitement cette fantaisie due à Michel Heim dont les créations à la tête des Caramels Fous et les pièces telles que La Nuit des Reines font régulièrement hoqueter de rire.
Théâtre de la Huchette, jusqu’au 31 janvier 2009, lundi à vendredi à 21heures, samedi à 15h30. Réservations : 01 43 26 38 99.