13 octobre 2008

Alouette, de Deszsö Kostalanyi

Traduction Maurice Regnaut et Péter Adam, mise en scène Sylvia Folgoas
Ce spectacle du genre gageure est un pari réussi, mais on frémit en évoquant les risques pris par la comédienne-adaptatrice et sa metteur en scène. Comment ressusciter et animer un univers essentiellement romanesque dont les descriptions minutieuses sont la richesse, et comment donner de la chair à un récit fait par un écrivain sensuel et au sens de l’observation exacerbé qui nous confie les personnages qui le fascinent ? et pour qui de surcroît le temps qui passe prime tout, les dialogues se résumant à des échanges souvent prosaïques. Théâtraliser un roman est une entreprise, confier le rôle-clef à un seul personnage (ici cette comédienne plus qu’étonnante) qui devient conteur puisqu’il n’a pas de partenaire, lui faire jouer des rôles d’hommes si c’est une femme et adopter des voix graves ou grasses s’il le faut, cela relève de la performance, surtout quand l’intrigue est mince. Dans les années 1890, en Hongrie, les parents de celle qu’ils ont surnommée à sa naissance Alouette et qui est devenue, la bonne trentaine, une jeune femme à la silhouette lourde, au regard plus que terne, décident de l’envoyer passer une semaine chez sa tante, histoire de renouer avec la famille. En son absence père et mère retrouvent des amis, communs ou pas, s’invitent au restaurant, boivent, mangent ; les longues séquences où l’on décrit ce qu’ils engouffrent sont parmi les plus savoureuses du texte. Ils palabrent. Episode final : leur fille revient, la même, mais plus volumineuse encore. Faudrait-il en faire tout un plat ? Danièle Douet descend dans la salle, vous plante son regard dans les yeux, remonte sur le plateau, en redescend encore, contourne la petite aire avec paravent, table et lampe, ce lieu intime mais énigmatique où rien ne se passera vraiment. Mais elle subjugue son public. Au piano côté jardin Alphonse Cemin, jeune homme blond et archangélique, joue Janàcek, Moussorgski, Ravel, Brahms et Beethoven entre autres. Danièle n’interfère surtout pas avec son monde à lui. Aux saluts, ineffable, il sourit enfin. Nous autres sommes sidérés, un peu désarçonnés par le fait que cette saison encore un théâtre de qualité programme deux spectacles, avec chacun un seul comédien sur scène, soit un genre minimaliste : il nous semble que le théâtre pourrait être parfois une histoire de famille divisée, affrontée, rabibochée, mais où tous peuvent venir dire pourquoi, mais là, excusez-nous, nous pensions à Molière. Saluons pourtant la performance de Danièle Douet et de son musicien, Alphonse Cemin.
Théâtre Daniel Sorano à Vincennes, jeudi, vendredi, samedi à 20h 45. Réservations : 01 43 74 73 74