02 octobre 2008

Je tremble, de Joël Pommerat

Je tremble ( I et II) texte et mise en scène de Joël Pommerat
Un des plus étonnants spectacles de la saison nous est proposé aux Bouffes du Nord, vieux théâtre onirique et ravagé, qui, à lui seul, mérite la visite. Cette pièce qui s’apparente autant à un spectacle de music-hall qu’à une de ces émissions de confession télévisée où la psychiatrerie de bazar justifie l’exhibitionnisme, s’ouvre par la présentation d’un ‘spectacle de la vie’ par un monsieur Loyal déprimé, au bord du saut fatal. Tout au long du spectacle des spécimens hébétés par la modernité dansent, gémissent, évoquent, provoquent, ‘numéros’ humains qui s’enchaînent et qu’interrompt l’homme au micro, joyeux et sinistre comme un dimanche après-midi devant le petit écran. Tout est paillettes, couleurs, vrai bonheur et l’on tremble de fondre en larmes. Tout est sombre, désespéré, bouché, et l’on tremble, plus encore, d’éclater de rire. C’est dire combien l’entracte n’est pas de trop pour reprendre ses esprits. Comment oublier la saynète d’amour entre un jeune chercheur et une vieille dame indigne mi-Duras, mi-Curie avec un zeste de George Sand en jupe plissée (le pantalon est sous les bas à varices) dont la fin rappelle un film d’épouvante à la Polanski ?
L’excès est partout et l’on attend la séquence suivante pour découvrir jusqu’où l’auteur osera nous précipiter. Je tremble de Joël Pommerat symbolise un retour du cabaret associé au grand-guignol et la mise en perspective de la dérision du monde actuel, qui n’est plus tout à fait moderne, mais ô combien dérisoire.
Christian-Luc Morel

Théâtre des Bouffes du Nord, jusqu’au 1er novembre : du mardi au samedi à 20 h 30. Matinées: le samedi à 15 heures 30. Réservations : 01 46 07 34 50