10 octobre 2008

La commission centrale de l'enfance, de David Lescot

La Commission Centrale de l’Enfance
Texte et interprétation : David Lescot
Avouez qu’un pareil titre pourrait ne pas vous donner une furieuse envie de découvrir ce spectacle tant le mot commission est devenu assez insupportable ces dernières décennies où les gouvernements successifs en ont hâtivement institué des centaines, émargeant au budget de l’Etat, souvent plus incompétentes les unes que les autres mais chargées de résoudre des problèmes auxquels les dirigeants refusent d’être confrontés. Le mot ‘centrale’ évoque quelque chose de carcéral ou même nucléaire. Mais, direz-vous, ‘enfance’ ?… ce passage dont l’évocation peut nous assombrir mais qui nous permet de nous attendrir, vivre, survivre et rêver. David Lescot, homme jeune, au parcours multi-facettes, au C.V. de comédien, metteur en scène, auteur mais aussi musicien et compositeur, souhaite rendre hommage à ceux dont il est issu ; ces familles établies pendant des siècles dans des pays de l’Est de l’Europe où toutes sortes de tyrannies et de persécutions ont eu leurs cours. L’organisme intitulé Commission Centrale de l’Enfance a organisé des colonies de vacances pour que les enfants de Juifs - communistes ou pas - se rassemblent et partagent des aspirations, cultivent des enthousiasmes essentiels jusque dans les années 80 (mais Mr Baden-Powell, à l’idéologie si différente, n’avez-vous pas un jour fait de nous des scouts-de-quelque chose, avec un idéal que des millions d’adolescents ont embrassé ?) David les a fréquentées, et en particulier l’une d’entres elles en Périgord où on dormait sous la tente tout près d’un château aussi mythique que celui que le Grand Meaulnes a gravé dans nos coeurs… on découvrait les filles, on était ‘recadré’ par les monos, on faisait du canoë-kayak et de la spéléo. David Lescot raconte tout cela avec humour, pudeur et irrévérence. Conteur habile, ses mots s’animent, se répondent, se bousculent, leur répétition fait de ses phrases des ritournelles au charme prenant. Il chante également des chansons d’époque faites pour réveiller les consciences et qui font sourire aujourd’hui, tant leurs paroles sont naïves à force de vouloir être exaltantes. Dans cette salle voûtée aux proportions parfaites, sans le moindre décor, accompagné de quelques lumières David Lescot est assis sur un tabouret, à la main cette guitare dont il fait une voix répondant à la sienne, et lui confie des rythmes et des airs simples. Sans jamais devenir anecdotique ou pédagogique, il dit, explique. Nostalgie et tendresse sont au rendez-vous et la fascination opère.
Maison de la Poésie, du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 17 h. Réservations : 01 44 54 53 00.