09 octobre 2008

Les femmes savantes, de Molière

mise en scène : Colette Teissèdre
La pièce eut, dit-on, un succès d’estime à sa création, elle a été qualifiée de froide ou même de cruelle. Colette Teissèdre a opté pour l’humour et la dérision. On est à des lieues de ces lourdeurs et autre pathos moralisants qui ont plombé tant de mises en scène. S’il est effectivement un peu triste de constater qu’au sein d’une famille tenant du clan et qui veut rester unie, le pater familias, constamment dépassé par les évènements, voit son autorité contestée par sa moitié. Ici Rémy Oppert, magistral, fait de Chrysale un hurluberlu plus encore qu’un velléitaire ou simple lâche. En quelques répliques malicieuses il sait évoquer sa jeunesse d’homme qui « donnait chez les dames » et son amour de la bonne chère. S’il s’est résigné à ce que son épouse Philaminte se pique de sciences, se gargarise de mots et mette sur pied une académie des lettres ou encore qu’elle accueille chez elle de prétendus beaux esprits, jeunes il est vrai (Nessym Guetat : Trissotin à la faconde et au charme exotique et ravageurs et Arnaud Arbessier : Vadius-le-critique-censeur dont l’intervention sème la zizanie menant au dénouement) c’est que cela l’arrange. Il ne se confrontera elle qu’en dernier recours. Philaminte décide du prétendant qu’il faut pour leur fille cadette, cette Henriette (Julie Desmet fraîche et sincère) pour qui le mépris du corps et des servitudes auxquelles il nous contraint dénoncés par sa sœur aînée Armande, semblent irréalistes. Armande-la-tourmentée, exaspérée, a pendant des années fait languir ce sincère Clitandre, plein de bon sens, qui va devenir son beau-frère. Elle est coincée entre le monde prosaïque de son père et celui, factice, de sa mère et de sa tante, cette Bélise à l’œil allumé (succulente Françoise Rigal) qui se croit irrésistible au point de faire tomber raides-dingues tous les hommes qu’elle côtoie. Bérengère Dautun, superbe Philaminte plus élégante que tant de ses consoeurs dans le rôle, a une voix autoritaire coupante, mais des gestes gracieux et tendres, quand elle console son aînée blessée. Avec son camarade Rémy Oppert elle galvanise la distribution ; Clitandre (Guillaume Bienvenu en alternance avec William Beaudenon) chaleureux, parle très vrai, comme le font ici tous les comédiens, parfaitement dirigés et évoluant avec naturel dans un décor nu mais des costumes somptueux. Vadius, convié par Trissotin à faire son numéro de bel esprit dans la famille dont il espère faire partie pour s’approprier la dot d’une fille est un Arnaud Arbessier incandescent. Gil Geisweiller: Ariste, frère de Chrysale a l’empathie et l’énergie nécessaires. Tout est délicieux et on rit. Infiniment.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Molière l’intégrale jusqu’au 8 mars. Dates et réservations : 01 47 70 32 75