04 octobre 2008

Tout à vous

Tout à vous à partir de la correspondance de George Sand, de et par Vérie Zarrouk et Stéphanie Tesson.
Somptueux théâtre du Ranelagh, le plus orné, le plus raffiné de tout Paris, et son foyer ravissant. Mais George Sand n’a jamais résidé dans ce seizième-ci; née dans le troisième, elle était résolument neuvième de ce qui n’était pas encore un ‘arrondissement’ à sa naissance. Face à l’ immense cheminée ouvragée, on se croirait dans son château du Berry où, après avoir présidé la table de ses commensaux et organisé le séjour de ceux qui constituaient sa garde rapprochée, celle qui allait passer une grande partie de la nuit à écrire… Mais non, la dame mûre n’est pas et ne sera jamais là. Dans ces morceaux choisis Valérie Zarrouk est une Sand qui n’en finit pas d’être jeune, de dire et redire ce qu’a fait d’elle l’amour de ces hommes à qui elle doit tant . Bien sûr, dites-vous, c’est étrange : elle a très vite trompé son jeune mari prétendument adoré, s’est jetée dans les bras de toutes sortes d’hommes de remplacement à qui elle voulait servir de mentor, a réussi à rendre Musset - qu’elle appelle ‘mon fils ‘- plus que malade et peut-être encore fait de Chopin un autre malade dont elle n’a pas pu cautériser les ardeurs, si bien qu’il se serait rabattu sur sa fille. Peu d’allusions ici au fait qu’écrivain et socialiste avant la lettre, impliquée dans la vie politique de son temps, elle a été une journaliste objective, incisive, voire teigneuse . Ceci est l’autre histoire que ne veulent pas vous raconter Valérie et Stéphanie. Au fil des lettres que cette dernière lit et commente, son sourire appuyé et en biais nous verrouille. Valérie, sculpturale et véhémente, battante empantalonnée de noir, elle se caresse le visage avec cette immense plume d’oiseau qui lui sert à rédiger ses pages. Une table, des chaises, un escabeau vieillot un peu bancal mais côté jardin un superbe piano et un virtuose ( Nicolas Stavy et Michel Guikovaty en alternance) qui joue et rejoue Schumann, Schubert, Mendelssohn et Chopin à faire se pâmer. Les deux belles comédiennes complémentaires sont sincères, amoureuses l’une et l’autre de l’héroïne qu’elles recadrent pour la récupérer. Elles veulent qu’on « l’exhume du purgatoire dans lequel elle est si injustement cantonnée ». Les détracteurs de Sand lui ont reproché d’avoir été une féministe avant la lettre ayant souvent fait fuir les hommes…ses hommes en particulier et tous les autres en général. Tout à vous pourrait vous avoir laissés un temps perplexes, mais vous aimerez la démarche et le jeu de Valérie Zarrouk et de Stéphanie Tesson.
Théâtre le Ranelagh, mercredi et samedi à 17 heures. Réservations : 01 42 88 64 44.