15 octobre 2008

V. , de Tony Harrison

traduction : Jacques Darras, mise en scène Claude Guerre
V. donc victory, puisque Tony Harrison, homme de théâtre, journaliste, cinéaste, helléniste passionné, mais avant tout poète, est anglais. La poésie est un art premier plus que viril, un dernier recours. Et cela à l’aide de mots devenus des armes, grâce auxquelles il faut dénoncer injustices, tyrannies, hégémonies, mystifications, trahisons. Pas la petite musique douce et autre ‘fadeur de Verlaine’ et de ses co-listiers…non ! reprise d’une lutte toujours plus exacerbée. Claude Guerre empoigne avec fougue et frénésie le poème de Tony Harrison, le met en espace, en sons et en images fracassantes. Mais que dit Tony Harrison ? entre autres qu’il y a eu des crises sociales et économiques en Grande Bretagne au temps de Margaret Thatcher, que cette monstresse a, un temps, mis tout son monde au pas, et que lui, Tony, suffoque encore à l’évocation de ces milliers de chômeurs, devant leurs mines fermées. Mais il est surtout question d’un fils obsédé par une image de son père qui l’empêche de vivre : « je suis à moitié… mais suis mort à demi ». Sur la scène un grand musicien à la peau noire, souple, vêtu de cuir, joue de sa guitare à vous en percer le tympan puis fait chanter son instrument avec un archet. Côté cour : un comédien, d’abord raide, a adopté la posture du récitant. Il se déchaîne vite. En toile de fond des dizaines de baffles empilés les uns sur les autres. Le poème aux monosyllabes et bi-syllabes en rafales mais rimées est traduit par Jacques Darras en alexandrins, mais l’argot, la langue populaire actuelle et les insultes crevant la surface du langage, y font des bulles. Des images vidéo défilent, vacillent, corroborant le texte, le rendant répétitif. Une fumée jaillit, grosse, grasse, depuis la coulisse. Puis la seconde partie constitue comme un havre : tout s’apaise, la muraille de hauts-parleurs démontée découvre un piano, le musicien s’y installe ; la tendresse et la fluidité de ses mélodies nous cueillent, nous désarçonnent. Le poète révolté par sa rencontre avec le hooligan qui a tagué la tombe de son père rentre à la maison pour rejoindre sa femme et revivre dans un paysage où règnent arbres et roses. Une catharsis s’est opérée, le film d’horreur a pris fin et la révolte a peut-être eu son cours. Ce spectacle surexposé, destiné à nous déranger « comme si la poésie était une calamité » est servi par Guillaume Durieux, comédien habité, et son camarade musicien : ce surprenant Jean-Philippe Dary. Il atteint son but.
Maison de la Poésie, mercredi, jeudi, samedi à 19 h, vendredi 21h, dimanche à 17 h. Réservations : 01 44 54 53 00