24 novembre 2008

Burlingue, de Gérard Levoyer

Burlingue, de Gérard Levoyer (Reprise)
Mise en scène de Lauren Alexandre-Lasseur.
Bien sûr le titre fait référence à un lieu de travail, mais dans cette pièce qui se proclame déjantée c’est aussi l’emboutissage du burlesque et du dingue : premier petit tour de passe-passe de l’auteur dont la manche est bourrée d’astuces. Deux femmes symétriques en train de griffonner sont installées de part et d’autre d’une table simplement chargée de chemises pour courrier et de petits pots pour stylos feutres. Au milieu, un téléphone de la vieille espèce qui ne sera utilisé qu’en dernier ressort et encore avec modération. Au fond, une porte est surmontée du portrait avantageux d’un patron fringant. Assise côté jardin la brunette piquante en débardeur glamour est vivace et volubile, c’est Jeannine. Côté cour la blonde en tailleur cintré, bouche en cul de poule, c’est Simone qui lui sert d’antidote. Elle est sèche comme un coup de trique, de ceux qu’elle et son mari doivent asséner sur les doigts de leur progéniture en cas d’impertinence. Ce face-à-face entre les deux collègues se mue en un huis-clos qui se voudrait sartrien après que la célibataire délurée, femme libérée mais non pas comblée, ait demandé à l’autre de lui prêter sa gomme. Elle le fait gentiment mais essuyant un refus cinglant, elle change alors de tactique. De suppliante elle devient exigeante puis menaçante. D’invectives en insultes, la tension grimpe, s’ensuit un début de pugilat. Lauren Alexandre-Lasseur fait jouer ses comédiennes de façon extérieure cet épisode qui consiste en un rabâchage de citations rafistolées , de platitudes et d’aphorismes relookés. Il s’agit de faire tracer par chacune des protagonistes un portrait vengeur ou venimeux de l’autre, dénonçant son outrecuidance, sa médiocrité, ses failles et son incompétence. Passons sur la tentative de séduction avec reptation sur la table de Jeannine, aguicheuse, à la rencontre de Simone, laquelle n’est pas prête à baisser la garde ni à s’épancher. Essai non transformé, mais patience, les deux adversaires devenues sourdes aux coups de semonce du patron , se sont maintenant enfermées à double tour pour vider leur querelle. En fin de soirée, elles écluseront un fond de Marie Brizard, et débraillées, braillardes, elles glisseront au sol entre les meubles cul par dessus tête et, pensez-vous… pas du tout : ce n’est que la mi-temps. La gomme est toujours dans le camp de Simone qui a réussi à libérer ses rancoeurs blasphématoires à l’adresse de son maître et seigneur… et des mâles en général. La fin transforme la pièce en farce rachetant ce burlingue qui a failli rimer avec lourdingue. Sarah Bouché de Vitray, pétulante dans le rôle de Jeannine, a l’abattage d’une jolie vraie bête de scène et Delphine Vincenot est une Simone exaspérante à souhait, parfaitement désopilante avec un coup dans le nez. La pièce se donne dans ce théâtre qui vient d’ouvrir au Quartier Latin et dont la programmation est variée et alléchante. Allez le découvrir.
Comédie Saint Michel, 95 boulevard Saint-Michel, jeudi, Vendredi, samedi à 21h30. Réservations : 01 55 42 92 97