24 novembre 2008

L'avare, de Molière

Mise en scène : Jean-Luc Jeener
Après avoir distribué ce comédien phénoménal qu’est Philippe Desboeuf dans le personnage principal du Malade Imaginaire, Jean-Luc Jeener en fait son Harpagon dans L’Avare ou l’école du mensonge. Ebouriffant … Vous vous souvenez de vos années de collège ou de lycée de cette tirade effarante de l’homme qui voit tout s’effondrer autour de lui parce qu’on lui a dérobé sa ‘cassette’ … Des djeunes diraient : CD , DVD, forcément avec bonus… ben alors… cassette c’était quoi déjà ? Le soir où nous avons tant aimé ce spectacle il y avait une dizaine de gamins dans la salle. Quiproquos, coups de théâtre et médiations ratées, retrouvailles de membres d’une famille disloquée par accident qui se remet miraculeusement à fonctionner, relents d’une Tempête à la Shakespeare. Mais aussi manque de générosité et de lucidité d’un père malencontreux né ou devenu plus qu’égoïste, de nos jours on dirait machiste. Mais encore et aussi tendresse , éloge de l’amour, de la fidélité, nécessité du coup de foudre « mon amour ne veut rien écouter ». Celui qui parle est le fils de ce tyran domestique et manipulateur, sujet à des accès de fureur que la passion pour l’argent et ce qu’il représente a rendu borgne, puis quasi- aveugle et qui finira par être lui-même manipulé. Harpagon est coupé de la réalité autant que du reste du monde, mais surtout et d’abord de sa famille, microcosme atterré. Vêtu comme le souhaitait Molière, avec sa collerette Henri IV , de fines lunettes sur le nez, longue chevelure blanche flottante « des cheveux de son cru qui ne coûtent rien » (le barbon exècre la mode et les perruques). Soit Philippe Desboeuf dans une partition baroque et extravagante avec sur scène cavalcades et loufoqueries. Le tout dans un décor minimaliste : une table basse où le fringant Cléante dépose la guitare sur laquelle il vient de jouer les airs guillerets que lui inspire sa charmante. Deux sièges recouverts d’un piètre tissu rouge. Mais, côté jeunes filles, des costumes ravissants aux couleurs tendres, Frosine, l’entremetteuse alias médiatrice, à laquelle a recours notre grippe-sous autiste, est collet monté dans une robe grise. Neuf comédiens tous plus toniques les uns que les autres entourent Desboeuf . Et que dire du Maître Jacques farcesque ‘à la commedia dell’arte' ? Cinq actes mais trois heures sans l’ombre d’un entracte. Ce soir-là dans la salle une dizaine d’écoliers escortés de leurs parents ou de leurs instituteurs et dont le benjamin n’avait même pas être dix ans a ri, et ri encore de bon cœur , et ce faisant, nous ont mis en joie. Pour certains d’entre eux c’était probablement leur première soirée au théâtre : on gage qu’ils en resteront marqués peut-être à vie.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Molière l’intégrale, jusqu’au 8 mars. Dates et réservations : 01 47 70 32 75