25 novembre 2008

Les sept jours de Simon Labrosse, de Carole Fréchette

Mise en scène Claude Viala, musique Sanseverino
« Vous ne regretterez pas d’être venus et puis sept jours c’est vite passé ». Simon c’est le comédien ludionesque qui s’adresse aux spectateurs. Cela démarre : « il y eut un jour, il y eut un matin » ; vos références sont au rendez-vous. Dans cet espace nu, quadrilatère sans coulisses, des guitares électriques et des instruments du genre percussions sont posés sur le plateau. Simon, rassurant et jovial, méduse d’emblée son public. Les lumières très travaillées sont magistrales. Simon est un homme jeune, sans emploi, mais qui en sait plus long sur l’existence que pas mal de ses collègues. Il a pour ami Leo, un pseudo-poète qui n’arrive pas à écrire comme il le voudrait ; il « se déprécie » et conclue qu’ « il pleut des briques sur le monde pourri. » Simon le réconforte. Nathalie arrive et veut elle aussi raconter son existence, persuadée qu’elle va fasciner l’auditoire. Très vite, on se demande si, constituant pour Simon un ailleurs, elle n’est pas le complément sans lequel il n’aurait jamais existé. Lui qui se présentant ingénument au public, se définit comme jeune homme au chômage dont la vie est pourtant intéressante : « cascadeur, spectateur personnel, finisseur de phrases laissées en suspens, flatteur d’ego, allégeur de consciences, receveur de colis, remplisseur de vide… ». Le comédien qui joue Simon est chaleureux, souriant, rigolard et fait des sauts périlleux peut-être pour évoquer les rebondissements de son existence qui n’en est pas vraiment une et ses choix qui n’en sont pas forcément, non plus. Chacun de ses camarades joue goulûment une demi-douzaine de rôles. Des personnages débarquent pour lui rappeler dettes et échéances criardes. Le tout sur fond de chômage, de fluctuation du dollar canadien, du prix du steak haché, et de « la maudite société qui est partout ». La trouvaille de scénographie ce sont deux portants montés sur roulettes auxquels sont accrochées de dizaines de robes longues, ruisselantes, chatoyantes et qui, rideaux de scène intérimaires, servent à masquer les personnages. Deux coffres métalliques mobiles eux-aussi contiennent les accessoires. Cette pièce surprenante, à la construction sans faille est funambulesque et ses trois interprètes : Léonore Chaix, Hervé Laudière et Cédric Revolon sont ébouriffants. « Quand un gars a plus rien, il lui reste sa vie. Je veux dire, il peut toujours raconter sa vie ! » Et pis on recommence à zéro. « Nathalie, ne t’en vas pas tout de suite ! Je… J’ai besoin de toi. » Pas un instant Claude Viala, qui les met en scène, ne leur fait adopter un accent québécois et pourtant la Belle Province est bien là.
Théâtre de l’Opprimé, 78, rue du Charolais (12°) du mercredi au samedi à 20h30, dimanche à 17h. Réservations : 01 43 45 81 20