08 novembre 2008

Victor Hugo, mon amour

Spectacle d’Anthéa Sogno, d’après la correspondance de Victor Hugo et Juliette Drouet. Mise en scène de Jacques Décombe, avec Anthéa Sogno et Sacha Petronijevic
Titre touchant pour un spectacle qui veut nous faire revivre cette passion, si ce mot galvaudé, synonyme aussi de souffrance, peut décrire le lien unissant Toto à sa Juju, tous deux enfants prolongés mais cependant corps, âmes et esprits d’exception. Les années défilent : 1833 date de leur rencontre jusqu’à la mort de l’un suivie de peu par celle de l’autre, une cinquantaine d’années après. Les comédiens ne tentent surtout pas de faire vieillir leurs personnages artificiellement : Victor et Juliette restent élégamment ceux qu’ils étaient lors de leur rencontre. Admiration mutuelle, tendresse réciproque et, pour Victor, le désir de protéger la femme et d’être une sorte de père pour sa maîtresse. Juliette souhaite être une collaboratrice, un réconfort et son recours perpétuel. Désirs conjugués, alternés, fougueux, ravivés en permanence. Stéréotypes anciens, modèles dépassés ? Mais pour eux, le temps n’engendre aucune lassitude, seule compte la certitude que l’amour qui s’est noué magnifie ceux qui ont dédié leur vie à l’art. Même si ‘Mademoiselle’ Drouet n’a pas fait la carrière de comédienne à laquelle elle aurait peut-être pu prétendre. Et même si Victor, visionnaire, contestataire, révolutionnaire en permanence, devenu homme politique donneur de leçons, s’est senti en vieillissant investi d’une ou plusieurs missions dont le non-aboutissement a suscité quelques amertumes. Le décor est simple, et séduit : côté jardin c’est son univers à elle, ravissante Juliette, jouée par Anthéa Sogno. Un paravent avec, posés dessus ses robes et mantelets qui la rendent à chaque fois plus élégante. Côté cour, c’est l’univers de Victor-Sacha : autre paravent devant une table de travail. Au centre de la scène le grand lit rouge où ils s’abattent et s’ébattent ; elle, jambes à l’équerre découvrant des dessous affriolants et où lui, en costume d’homme qui sait que l’élégance n’est jamais un luxe, la rejoint et l’étreint, couvrant de baisers son cou et sa bouche. Beaux, adolescents perpétuels, responsables ou irresponsables, mais se faisant confiance l’un à l’autre, âme-frère tout contre âme-sœur. Les comédiens ré-inventent un vrai romantisme. Pourquoi vous dire tout cela, et vous re-conter une histoire que vous connaissez par cœur ? Mais pourquoi donc ne pas le re-dire en des temps où tout est relativisé et revu à la baisse ? Bien sûr Victor Hugo, parfait macho, a été décrété obsédé sexuel entretenant des liaisons avec toutes sortes de femmes… hygiéniques ou pas, et leur envoyant les duplicata de ses lettres enflammées adressées à Juliette. Effectivement, il était adultère… Mais cela c’est de la très-très-petite-histoire. Anthéa Sogno, Juliette, est gracieuse, élégante et belle à damner un Sacha Petronijevic magistral et si juste. Il le fallait pour que ce spectacle qui a fait un carton à Avignon l’été dernier, soit programmé cette saison à la Comédie Bastille, lieu étonnant et inspiré qui accueille en permanence et en priorité des spectacles donnés ensuite dans des salles parisiennes censées être plus augustes.
Comédie Bastille, du mercredi au samedi à 19h30. Dimanche 17h30. Réservations : 01 48 07 52 07