27 décembre 2008

Dom Juan de Molière

Mise en scène : Nicole Gros
Il faut louer la fidélité au texte et à la tradition de cette mise en scène d’une pièce multiple, étrange, qui se veut terrifiante avec ses fameuses scènes d’anthologie, et d’abord cette relation si particulière entre le maître Dom Juan et son valet Sganarelle. Le premier, comédien dans l’âme voire cabotin, est surtout pervers et sadique ; l’autre est son confident, ce public dont il a autant besoin que des femmes qu’il s’oblige à séduire inlassablement pour avoir l’impression d’exister et d’appartenir au sexe fort. Ici Dom Juan (Jérôme Keen) a un corps et des gestes de danseur, de star, mais sale gosse prolongé et capricieux, il est très peu métaphysique. Sganarelle (Jean-Jacques Nervest), empathique, est une fausse grande gueule dont on n’est pas sûr qu’il sache bien à qui il s’est dévoué tant il pratique un jeu auquel il ne sait pas s’il y croit. Ce tandem improbable fonctionne pourtant plutôt bien. Dona Elvire (Florence Tosi), épouse de Juan est une ravissante jeune diva qui module sa voix autant que le fait son époux. Elle parle, le temps se fige, et avec lui le rythme de ce que Molière a bien été obligé de qualifier de comédie. Soit une rupture parmi d’autres.
Ça repart : scènes avec gifles assénées , petites altercations ou épées dégainées, et toujours votre Dom Juan paradant, avec ou sans perruque, en costumes somptueux où dominent l’or puis divers rouges comme ceux de ses camarades, et enfin le noir. Dom Luis (Bernard Callais), son père, apparaît ; il émeut dans une séquence où il abolit le temps et où tout se fige, une fois encore. Mais il y a ces épisodes alertes où Pierrot et Charlotte, paysan et paysanne qui en pincent l’un pour l’autre, se poursuivent comme des gamins émoustillés dans unecour de récré. D’autre scènes sont impressionnantes : sur fond de voix spectrale, celle du Commandeur. Fin : mort de Dom Juan basculant, tête côté public, en travers de la table de banquet transformée en autel devant lequel il a fait mine d’expier … mais quoi donc … le sait-il seulement ? Ce spectacle a pour mérite de nous faire entendre splendidement la langue de Molière.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Molière-l’intégrale, dates et réservations : 01 47 70 32 75