10 décembre 2008

Fin de partie, de Samuel Beckett

Cette nouvelle Fin de partie, mise en scène par les époux Berling, est montée au mythique Théâtre de l’Atelier, le ‘laboratoire’ de Charles Dullin. L’histoire, la réclusion du paralytique et aveugle Hamm accompagné de ses parents-troncs, remisés dans des poubelles et qui n’a plus à tyranniser que son homme à tout faire, le simplet Clov, dernier à pouvoir marcher et donc à pouvoir servir, n’est que le prétexte à un dialogue serré entre l’intériorité et le visible, où la cécité n’est pas là où l’on pense. Dans le rôle d’Hamm, Dominique Pinon, acteur fétiche de Valère Novarina, inquiétant à souhait, faux aveugle de cour des miracles qui donne l’impression de voir, compose un personnage pathétique, évoquant à la fois un vétéran des guerres balkaniques foudroyé et une idole rock ravagée (mimant parfois un Elton John sans piano). Il terrorise un Charles Berling méconnaissable, écrasé, disloqué, dont la voix traîne en une plainte énervée (ses « je m’en vais » sont fabuleux de vérité dans l’impuissance). Les parents, Gilles Segal et Dominique Marcas, jetables et jetés, ouvrent leur couvercle pour gémir et réclamer des biscuits, depuis leur maison de retraite fictive proche de la décharge. La mise en scène est efficace, didactique, destinée à un théâtre tous publics, séduisante par le biais, abandonnant le squelette du texte pour dénuder la chair des protagonistes. Beckett résiste, la chair est triste. Clov essaye de voir ce qu’il y a derrière la montagne et nous sortons de l’Atelier remués, convoqués, prêts à la discussion, mais encore terrorisés et pressés de retrouver notre chambre d’aveugle.
Théâtre de l’Atelier, 10 place Charles Dullin, Paris-18°, métro Anvers. Du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 16 heures. Réservations : 01 46 49 24.
Christian-Luc Morel