09 décembre 2008

Le repas, de Valère Novarina

Mise en scène : Thomas Quillardet
Comment, tentant de vous parler de ce spectacle abasourdissant, vous dire et redire que , un novateur qui ne reprend surtout jamais en compte ceux qui l’ont précédé, qu’ils se nomment…peu importe, disons des absurdistes et autres ex-surréalistes qui n’en finissent pas de finir . Lui est et reste ailleurs. Cette fois-ci et une fois encore sa poésie empoigne le théâtre et le théâtre étreint sa poésie, mais les deux, exploratoires, cheminent mot dans le mot, mot après mot, le mot sans le mot, le mot qui relève le mot, puis qui déforme et détourne le mot pour nous le reproposer dans un paysage illuminant le précédent. Magie dévastatrice, salutaire et reconductrice qui s’installe pour nous donner un appétit d’enfer ou même de paradis, peut-être même de septième ciel . Repas : le mot évoque une ‘Scène’ genre nouveau-testamentaire ; ce repas-ci aura des suites atroces, mais il est nécessaire et partagé, puisque « celui qui mange seul » selon le philosophe grec « est un barbare, un cyclope ». Au milieu de la scène une table avec, posé dessus, un aquarium à poisson rouge, et côté jardin un squelette en plastique noir reluisant qui servira de défouloir, et dont on épluchera le crâne, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Les mots jamais repus, continuent de manger les mots. Les comédiens traversent la scène, se poursuivent, se rejoignent et tombent le tête la première au pied du plateau. Il y a des déflagrations répétées et aussi cet épisode un peu longuet avec lumières stroboscopiques, artifice dont on aurait peut-être pu se passer. Depuis les cintres l’homme d’en haut en tee-shirt avec inscrit dessus I love… (peu importe ce qu’il aime) manipule les lumières et le son à l’infini. Sur scène ses camarades s’immobilisent pour chanter : voix qui se marient religieusement à la tierce comme à la quarte. Un havre de bonheur ! Que tenter de vous dire encore? Que la mise en scène de ce texte est millimétrée ; que l’occupation de l’espace organisée par le metteur en scène est plus que carambolesque ; qu’il a dirigé ses comédiens, tous fascinants, de telle façon que l’on sort de ce repas archi-repu, mais ayant surtout réfléchi, ri et vécu. Spectacle à voir en urgence : « pin-pon…pin-pon… pin-pon… »
Maison de la Poésie, du mercredi au samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures. Réservations : 01 44 54 53 00