28 décembre 2008

Mélicerte, de Molière

Cette « comédie pastorale héroïque » inachevée, composée de deux seuls actes n’est certes pas des plus connues et c’est là un des mérites de l’intégrale-Molière de ressusciter de telles œuvres. On sait que Molière l’a donnée en 1666, que son inspiratrice n’était autre que Mademoiselle de Scudéry (voyez Le Grand Cyrus) et que, satisfait du contentement du roi, il omit de la compléter. L’intrigue : deux bergères-nymphes, aimées d’Avante et de Tyrène, n’ont d’yeux et de vœux que pour le fils charmant du sévère Lycarnis : Myrtil l’évanescent. Mais celui-ci soupire après Mélicerte. L’idée, audacieuse et culottée de la metteur en scène, Véronique Seltz, malicieuse, consiste à transformer Mélicerte en garçon. La mise en scène, chef d’œuvre d’un mauvais goût transcendé- la vision de Pigalle par un Berrichon- fonctionne étrangement servie par la musique de Lucien Pesnot et le jeu parfait d’acteurs jeunes, beaux et doués. Romain Poli remarquable Mélicerte, compose un « Rimbaud » des bas-fonds envoûtant auquel s’oppose le père indigné de son amant, joué avec sensibilité par Hervé Colombel. Des rôles moindres, telle Corinne qu’incarne Garance Brin, mi-Signoret, mi-Princesse de Monaco, assaisonnent l’ensemble. Le final, digne d’un certain « Cabaret des hommes perdus » en choquerait-il plus d’un - en ces temps-ci ? Le théâtre selon Jean-Luc Jeener n’est, semble-t-il, ni un conservatoire ni un cimetière d’images non plus que de mots. Sentence de la jeunesse sur cette scène libre : Molière, pas mort !
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Molière- l’intégrale, jusqu’au 31 mars. Dates et réservations : 01 47 70 32 75