14 décembre 2008

Mozart, mascarade, de Jean Gaudon

Avec Corine Thézier, Robert Bensimon et Misora Lee au piano
Reprise du spectacle donné il y a quelques mois par le Théâtre de l’Impossible dans le Salon Bouvier de l’hôtel Carnavalet où, au mur, vous accueille le plus célèbre portrait d’une Marquise de Sévigné fraîche et mutine. Cela se joue en matinée cet hiver : le ciel est brumeux et par les fenêtres on voit décliner le jour. Nous voilà donc au théâtre : des petites lumières constellent le plafond, un lustre de cristal illumine la salle et un projecteur puissant cible le comédien qui, fringant et en habit blanc, bandeau rouge sur l’œil, manipule des petits masques de théâtre qu’il confectionne et collectionne. C’est le bonimenteur de service, bref un meneur de jeu et porte-parole de l’auteur. Il est amoureux-fou de Mozart, de l’homme et du musicien, de ses librettistes, de son univers et de sa quête. Il a fort à faire, s’étant mis en tête de nous rappeler et résumer les intrigues de l’Enlèvement au sérail, des Noces de Figaro, de Don Giovanni, de Cosi fan tutte et de La flûte enchantée. Imbroglios, intrigues emberlificotées, femmes initiatrices ou égéries, mais le plus souvent rouées, traîtresses quand elles ne sont pas à leur tour trahies. Ah ! l’amour, l’amour… toujours… chez ces Italiens qui ont pour le célébrer inventé l’opéra sans lequel notre Amadeus ne serait connu que par sa musique de chambre et des mélodies comme cet « Ah vous dirais-je Maman » dont la pianiste en gracieuse robe noire nous livre la quasi-intégrale des variations : très longue pause dans un spectacle par ailleurs au rythme soutenu. Que dire des personnages centraux, ces hommes bondissants, en perpétuelle effervescence, bernables (bien sûr et heureusement, n’est-ce pas, chers machos !) mais aussi adolescents prolongés qui ne veulent pas se l’avouer et dont le désespoir métaphysique est souvent en sourdine. Jean Gaudon à la langue riche, imagée, élégante et lyrique nous emmène dans un dédale connu de lui qu’il commente, racontant, analysant et réinventant tout, quitte à nous plonger dans les perplexités qu’en intellectuel il côtoie en permanence. Nous autres spectateurs nous laissons envahir par la musique, la pianiste s’étant remise à son instrument. Nouveaux havres musicaux. Mais Corine Thézier, catapultueuse, émergeant de la coulisse comme d’une boîte à malices ne cesse d’apparaître dans des costumes d’époque tous plus somptueux les uns que les autres, avec voiles, chapeaux, cheveux bouclés cascadant sur ses belles épaules. Muse, égérie, belle-mère, manipulatrice, altière ou mutine, elle est le contrepoids indispensable des personnages que joue un Robert Bensimon alerte, à la voix modulante, au phrasé séduisant, plus imprévisible et drolatique que jamais. La pianiste, leur bonne fée complice, est devenue la nôtre. Ce spectacle se donne le dimanche 14 décembre 2008, et les samedi 17 , vendredi 23 et samedi 24 janvier 2009 à 15 heures.
Musée Carnavalet, 23 rue de Sévigné, 75003 Paris. Réservations : 01 43 44 81 19.